Kaléidoscope du jazz actuel

Kaléidoscope du jazz actuel

Le Nice Jazz Fest – c’est désormais ainsi qu’il faut l’appeler – se déroulera cette année en août. Du 20 au 23 août, 24 artistes et groupes se relaieront sur deux scènes : Place Masséna et Théâtre de Verdure.

Bien entendu, cela demande toujours pour les spectateurs un choix assumé : on écoute ceux-ci en sacrifiant ceux-là, quitte à glisser d’un podium à l’autre au milieu du concert. Frustrant… et excitant à la fois, quand on chaloupe entre ces deux offres en se demandant si on privilégiera l’oreille gauche ou la droite… et tout cela est bien dans la tradition du festival niçois.

Le choix est très divers, mais donne un beau kaléidoscope du jazz actuel. Avec des stars impressionnantes : Monty Alexander qui a fêté ses 80 ans le 6 juin dernier : un enfant du D-Day ! Sa musique, comme sa voix, imite les accents : « Quand je joue au Canada, je me présente comme ci, à New York comme ça, et chez moi, à la Jamaïque, c’est encore différent ! » Son piano se rappelle particulièrement ses origines, et enchaine titres calypso et ska avec une vieille tendresse pour le boogie woogie et les blues des origines. Et lorsqu’il enfonce un accord avec cette autorité inimitable, tout l’air vibre autour de lui ! Kenny Garrett n’a pas moins de puissance et de fougue, rappelant l’histoire de sa musique (The Sound of the Ancestors comme l’évoque l’un de ses derniers disques), avec un son à décorner les bœufs et une audace qui annonce des lendemains impétueux.

À côté de ces vivants piliers, on croisera à Nice tout un frétillement du jazz actuel et quelques musiciens d’ailleurs bien ancrés dans le paysage. Dans la famille des trentenaires, on trouve quelques Américains notables : Theo Croker, remarquable trompettiste, New-Yorkais né en Floride, lui aussi héritier d’une longue tradition (petit-fils du chef d’orchestre Doc Cheatham, propulsé par Dee Dee Bridgewater), au son brûlant comme une abeille cuivrée. Alfredo Rodriguez vient d’une Amérique plus latine : il est cubain jusqu’au bout des doigts, jongle avec les claves, renouvelle la lignée des grands pianistes de l’île (Chucho Valdès, Gonzalo Rubalcaba, ou même son homonyme le vieil Alfredo Rodriguez, hélas mort il y a une grande dizaine d’années…) et fait danser les tables et les chaises ! Gardant l’œil sur les Caraïbes, on aperçoit le remarquable batteur Arnaud Dolmen, d’origine Guadeloupéenne… bien que né à Bar-le-Duc. Il fera entendre son jeune Vitygroove multicolore, avec la harpiste Sophye Soliveau et l’excellent et très swinguant Carl-Henri Morisse et au piano – la danse du Dolmen n’est pas non plus celle du Rodriguez !

À voir aussi, deux nouveaux venus dont l’éclat s’est déjà fait remarquer : Léon Phal, saxophoniste « stress killer » acide et acoustique, qu’on retrouve d’ailleurs dans l’orchestre de Louis Matute. Ce dernier, peut-être le plus novateur, est un guitariste suisse de mère allemande et de père hondurien qui va chercher ses folklores en Afrique autant qu’en Amérique centrale ; il finira de déboucher nos oreilles avec une conviction rafraichissante ! 

Enfin, comme il est de tradition à Nice, les autres musiques auront droit de cité, avec notamment l’emblématique du rappeur américain Nas, la pop rock de Phoenix, ou encore la fanfare techno des teutons de Meute… De quoi rêver pendant de longues nuits…

20 au 23 aou, Place Masséna & Théâtre de Verdure, Nice. Rens: nicejazzfest.fr

photo : Nice Jazz Festival 2023 © Ville de Nice – Julien Veran