Quand deux mondes s’unissent

Quand deux mondes s’unissent

Une gageure que cette proposition d’Amel Brahim-Djelloul avec l’Orchestre national de Cannes ! Avec Les chemins qui montent, la chanteuse algérienne propose un récital de « chants du monde » accompagné par des musiciens classiques.

Amel Brahim-Djelloul a un parcours atypique : née en Algérie, d’origine kabyle, élevée en France, elle commence une sage quoique difficile carrière de soprano lyrique – la musique classique étant une citadelle qui résiste à l’intégration d’artistes dont les racines sont au loin… Mais Amel est audacieuse, elle commence une belle carrière, est révélée à distance pendant le confinement, et s’attaque maintenant à un répertoire tiré des traditions berbères, inspiré par un roman de Mouloud Feraoun, et des mélodies popularisées par Idir, Taos Amrouche ou le groupe Djurdjura. 

Dans Les chemins qui montent, album sorti en 2022 qu’elle interprétera à Cannes et Vallauris, elle fait entendre sa voix originale : très juste, assez large et ronde. Avec des attaques discrètement ornementées à l’orientale, elle dessine des « chansons qui montent », suivent en douceur des sinuosités escarpées pour gravir des montagnes peu fréquentées. Et on se laisse prendre par cette douceur inhabituelle, ce charme des voiles qui dansent avec les corps, tournent et enivrent, montrent et cachent dans un entrechat qui tourbillonne. C’est suave et sentimental à souhait, et déjà riche d’un alphabet qui séduit : les consonnes sont à peine rocailleuses, les voyelles à peine diphtonguées, le phrasé tantôt languide tantôt pressé comme un pas sous la pluie qui cherche un abri. Les gammes, étrangement, sont presque toujours tempérées, mais évoquent le quart de ton comme par métaphore, restant à la lisière sans le réaliser. 

On l’a déjà entendue dans de petits ensembles qui intègrent des instruments lointains – ney, derbouka… On l’entendra ici, soutenue par une formation classique pour amplifier le risque et le paradoxe, autour des poèmes de Rezki Rabia, mis en musique et arrangés par Thomas Keck. Un joli pari !

14 & 17 nov, Auditorium des Arlucs, Cannes • 16 nov, Le Minotaure, Vallauris. Rens: orchestre-cannes.com, FB LeMinotaure06

photo : Amel Brahim Dejlloul © Alienor Perrard