30 Oct Toute une histoire du jazz à Monaco
10 soirées, 15 concerts, 2 films… Voici une proposition alléchante que nous fait parvenir le Monte-Carlo Jazz Festival pour réchauffer le cœur de l’automne : les feuilles mortes sont bien vivantes pour qui sait les ramasser !
À commencer par les espoirs, les jeunes musiciens de l’Académie Rainier III puisque cette institution, à l’image de quelques conservatoires français (pas tous… les plus audacieux !) propose une section jazz dans son cursus ! Tout ce blé en herbe se frottera donc aux murs impressionnants de l’opéra Garnier – Garnier vraiment ? Mais oui ! Il n’y a pas que celui de Paris à porter ce nom prestigieux. À cette différence près qu’il ouvre sur la mer et non sur l’Avenue de l’Opéra.
Le lendemain deux big bands nous rappelleront les essentiels du jazz. Le Count Basie Orchestra ressuscite Kansas City dans les années 30, dans la continuité de l’un des plus fougueux rassemblements de cette musique : une chaudière qui tourne à plein régime comme les trains intrépides qui traversaient le Midwest désert, sans crainte des bisons ni des bandits, une section rythmique flamboyante parfois fouettée par quelques rares notes de piano. Auparavant, l’orchestre de Christophe Dal Sasso aura amplifié les trois quartets de Chick Corea au charme minimaliste.
Les soirées suivantes nous feront une visite guidée de l’histoire du jazz, en démarrant avec le hard bop, époque rayonnante d’un art populaire et familier. Stefano Di Battista, saxophoniste alto qui maitrise toute la rapidité légère de son instrument, Dee Dee Bridgewater, héritière des immenses Divas, qui scatte, crie ou susurre en rappelant le souvenir de sa Dear Ella.
Puis les traditions déchirées de Mayra Andrade, capverdienne née à Santiago de Cuba, qui mélange des rythmes vocaux pratiquement jamais sortis de leurs îles d’origine… Et le même soir, les souvenirs non moins composites d’Ayo aux origines nigériennes et allemandes.
Après ces voix dépaysantes, cap sur la Grande-Bretagne. La vraie, avec Level 42 qui évoque le funk de Londres, la basse cinglante qui claque, le dur déhanchement et les chocs métissés de Notting Hill. La fausse, ou du moins celle qu’on réinvente, avec Émile Londonien, groupe improbable et strasbourgeois né d’une admiration partagée entre l’imaginaire d’Émile Parisien (saxophoniste unique en son genre) et cette scène anglaise fertile et implacable.
La déambulation continuera avec de nouveaux clins d’œil tropicaux : la caravane de Seun Kuti, évidemment dans le sillage de son père, le sidérant Fela Kuti, mais en renouvelant l’afrobeat torrentiel dont il est porteur. En deuxième partie, Cimafunk, indescriptible star cubaine qui se permet toutes les audaces et tous les compagnonnages : on retrouve parfois à ses côtés George Clinton ou Gonzalo Rubalcaba ! Parti de la tradition cubaine, il réussit à hystériser tout le groove qui passe à portée de ses oreilles.
Encore quelques guitares, encore des vedettes, avec Thibaut Gauvin et Matthieu Chédid alias M… Puis, on terminera avec des voix, charmeuses, flatteuses, enjôleuses : Sophye Soliveau, qui vient du R’nB, Mario Biondi, tout en séduction sicilienne, et Stella Cole qui flirtera avec la comédie musicale.
Nos oreilles seront donc bien soignées, et nos yeux aussi, puisque deux films pimenteront ce Monte-Carlo Jazz Festival. En clôture, Whiplash, film d’initiation de Damien Chazelle dont la musique sera magnifiquement réinterprétée en live par ce duo magnifique André Charlier / Benoît Sourisse (batterie et orgue), avec leurs amis du Multiquarium Big Band. Et quelques jours plus tôt, Ascenseur pour l’échafaud, qui ne se lasse pas de nous faire frissonner. Tandis que la petite peau morte de Miles Davis, coincée dans l’embouchure de sa trompette, n’en finit pas de faire trembler ce son d’une sensualité jamais égalée. Sur l’autoroute, sur les Champs-Élysées, avec Florence (Jeanne Moreau, en star des stars) dans l’ascenseur… C’est toute une essence du jazz qui s’est concentrée dans Paris, en 1957 : un noir et blanc insurpassable !
20 nov au 1er déc, Opéra Garnier de Monte-Carlo, Monaco. Rens: montecarlolive.com
photo : The legendary count basie orchestra © Andy Lindsley