Duras : Yes, sûrement !

Duras : Yes, sûrement !

Si vous pensiez tout connaître ou presque de Marguerite Duras, l’écrivaine, la réalisatrice, la scénariste et la dramaturge, rendez-vous les 24 et 25 janvier au théâtre de La Semeuse, à Nice. La Cie La Petite vous propose une pièce rarement montée : Yes, peut-être.

Certains spectacles ont des destins singuliers. C’est le cas de Yes, peut-être, signé Marguerite Duras. Cette pièce en un seul acte a été créée le 5 janvier 1968, et a vite sombré dans l’oubli. Pourtant, les 24 et 25 janvier prochains, elle sera sur les planches niçoises de La Semeuse, après avoir connu un vif succès lors de sa création à l’Espace Magnan, en octobre dernier.

On doit cette renaissance à la Cie La Petite, qui produit cette pièce atypique. Quel en est le sujet ? Sophie Tournier, fondatrice de la compagnie, auteure et metteuse en scène, l’une des deux actrices de Yes peut-être, nous en révèle plus : « La pièce se déroule après la guerre, dans un monde post apocalyptique. Deux femmes se rencontrent, elles ont perdu la mémoire et l’usage du langage courant. Avec innocence, elles redécouvrent tout avec un œil neuf. Selon Marguerite Duras elle-même, il s’agit d’une comédie azimutée, sur le modèle de En attendant Godot, de Samuel Beckett. Cette pièce est traitée sur le mode burlesque, parodique, ce qui accentue le côté absurde de la guerre et de ce monde dévasté et déroutant. Tout est tourné en dérision, même les moments durs, avec poésie et émotion également. »

Une pièce qui résonne

Le texte n’est pas facile, le jouer constitue un risque et une performance pour les actrices, ainsi que pour l’acteur qui interprète un soldat, mais comme le précise de nouveau Sophie Tournier, « il est nécessaire de montrer ce théâtre-là, qu’on ne représente pas beaucoup et qui reste d’actualité. En dénonçant la guerre, en évoquant la mémoire et l’humanité, cette pièce reste rare. » 

Selon le metteur en scène Paul Laurent, « ce texte me parle aujourd’hui parce qu’avec Yes, peut-être, Marguerite Duras perturbe le train-train du milieu littéraire de l’époque, en abordant avec impertinence les rivages de la science-fiction. C’était et c’est toujours une pièce peu connue, peu jouée et qui pourtant résonne d’une étonnante manière aujourd’hui. Aujourd’hui où les guerres se multiplient avec leurs cohortes de réfugiés, de traumatisés, d’éclopés de toutes sortes. Aujourd’hui où, des mots, on entend plus que le bruit… »

Vous l’aurez compris, quand un texte ovni rencontre une jeune compagnie et un metteur en scène chevronné, cela ne peut donner que de belles idées. Yes, sûrement !

24 et 25 janvier, Théâtre de La Semeuse, Nice. Rens : lasemeuse.asso.fr. ou compagnielapetite@gmail.com

photo : © Franck Follet