Pour tout l’or du Rhin

Pour tout l’or du Rhin

L’Opéra de Monte-Carlo accueille, en février, L’Or du Rhin, prologue de la tétralogie de Richard Wagner, dans une spectaculaire production mise en scène par Davide Livermore, avec une particularité : le son originel de l’œuvre y sera restitué.

Il y avait eu, en 2013, une production maison de Jean-Louis Grinda, version BD futuriste, présentée au Grimaldi forum. Un succès. C’est une tout autre version que va nous révéler le metteur en scène turinois, puisqu’il s’agira, indique la directrice de l’opéra Cecilia Bartoli, du « premier opéra de Wagner mis en scène et interprété sur instruments d’époque » par l’Orchestre des musiciens du Prince, qui s’est fait un nom dans cette spécificité, sous la direction de Gianluca Capuano, avec une équipe de chanteurs triés sur le volet. 

C’est donc la propre vision, sans doute étonnante, de Wagner qui sera donnée à voir. Point de départ dramatique de sa tétralogie, L’Or du Rhin en est aussi la matrice musicale, en grande partie grâce aux leitmotivs et motifs musicaux tout à fait novateurs : l’orchestre fait ici figure de chœur antique associé aux personnages et à certains thèmes centraux que l’on retrouve dans les 3 autres opéras de l’œuvre (pas moins de 91 thèmes différents!). 

Ce qui ne change pas, c’est l’intrigue, qui met en scène des figures mythologiques tirées de plusieurs légendes nordiques, avec force péripéties, trahisons, rapts, meurtre fratricide… Dans les grandes lignes, l’histoire est celle du vol de l’or du Rhin, vecteur de toute-puissance et de richesse, et de deux lignées rivales qui vont tout mettre en œuvre pour le récupérer. L’Or du Rhin nous confronte à différentes thématiques sociales d’une actualité saisissante : d’un côté, des dieux qui se sont fait construire un palais en s’engageant à payer un prix impossible, espérant trouver une solution plus tard. De l’autre, un nain du peuple souterrain des Nibelungen qui, assoiffé de pouvoir, renonce à l’amour et réduit tous ses sembables en esclavage pour continuer à accumuler des richesses… La recherche de pouvoir et de richesses sans penser aux conséquences ça nous parle effectivement en 2025 !

Wagner mit plus de 20 ans à écrire et composer cette œuvre fleuve sujet à polémique, démarrée lors de son exil politique en 1848-49. Certaines de ses idées politiques, liées au nationalisme allemand, et fortement teintées d’antisémitisme et de xénophobie, ont été reprises et glorifiées par le régime nazi pendant la Seconde Guerre mondiale (Wagner était le compositeur préféré d’Hitler). L’œuvre du génial compositeur n’en demeure pas moins d’une modernité éclatante, et la dimension révolutionnaire de cette production monégasque réside dans son approche musicale inédite.

9 fév, Auditorium Rainier III, Monaco. Rens: opmc.mc

photo : illustration L’Or du Rhin © D-Wok Carola Demarchi