Une cathédrale enchantée

Une cathédrale enchantée

« Les belles heures du Festival sont de retour« , s’est exclamé Claude Pinet, past-président du Festival de Musique de Toulon et du Var, lors de la soirée qui a vu les cordes du Quatuor Arod et la clarinette de Pierre Génisson résonner en la Cathédrale Ste Marie à Toulon.

Après la fabuleuse interprétation du Quintette avec clarinette en la majeur K. 581 de Mozart par le clarinettiste Pierre Genisson, entouré de Jordan Victoria, premier violon, Alexandre Vu, second violon, Tanguy Parisot, alto et Jérémy Garbag, violoncelle du Quatuor Arod, le public n’a pas caché son enthousiasme. Et quelle sérénité, nul n’a applaudi entre les mouvements, respectant ces précieux silences qui mettent tant en valeur ces instants musicaux !

Mozart, qui le composa en 1789 alors qu’en France sévissait la Révolution, aurait adoré l’interprétation de celui qui le magnifie, Pierre Genisson. Issu du CNSMP, clarinettiste des plus renommés, il a reçu à 38 ans de nombreuses récompenses dont le Prix Cino del Duca en 2018. Lauréat de nombreux concours internationaux, Pierre a eu comme maîtres Michel Arrignon pour la clarinette, Claire Désert, Amy Flammer et Jean Sulem pour la musique de chambre. Après l’obtention de ses Premiers Prix à l’unanimité, il se perfectionne à Los Angeles auprès de Yehuda Gilad. Sur instruments modernes, comme anciens, Pierre Genisson est soliste de prestigieux orchestres : Deutsches Symphonie Orchester Berlin, Tokyo Philharmonic Orchestra, BBC Orchestra, Orchestre Metropolitain de Montréal, Sichuan Symphony… sous la direction de chefs réputés comme Laurence Equilbey, Darell Ang, Krystof Urbansky, Lionel Bringuier, Olari Elts, Sacha Goetzel… Le clarinettiste joue avec de nombreux quatuors à cordes, parmi lesquels Ébène, Modigliani, Hermès… et Arod ! Et avec d’autres solistes, dont Nemanja Radulovic, David Kadouch, Franck Braley, Michel Dalberto, David Bismuth, Marielle Nordman, Karine Deshayes, déjà applaudit à Toulon.

En la cathédrale Sainte-Marie, avec le Quatuor n°6, OP. 18 de Beethoven, il a également enchanté les mélomanes si nombreux que plus une place n’était disponible.

Créé en 2013, le Quatuor Arod a quant à lui également remporté de nombreux prix, dont le Premier Prix du Concours International de l’ARD de Munich, le Premier Prix du Concours Karl Nielsen de Copenhague, le Premier Prix du Concours Européen de la FNAPEC, ou encore le Prix HSBC de l’Académie du Festival d’Aix. On a pu entendre ce quatuor, de la Philharmonic de Paris au Festival de Prague, de Berlin à Tokyo, de Wigmore hall et Carnegie hall à Salzbourg, jusqu’à Verbier et Aix-en-Provence !

Le remarquable programme de Monique Dautemer, musicologue, nous a aussi permis de mieux connaître ces créations et la vie des deux compositeurs. Et l’âme du maestro disparu, Kurt Adler, devait planer sur les musiciens, Eva sa fille, née à New York, varoise aujourd’hui, étant dans l’assistance ce soir-là.

Ce fut une chance pour le Festival de Musique d’avoir pu accueillir ces jeunes musiciens réputés, lumineux et excellents, dans l’interprétation nuancée, claire, bouleversante de ces œuvres. Un silence parfait, puis une pluie d’applaudissements : leur talent fut récompensé.

Oui, les grandes heures du festival sont bien de retour à Toulon !

photo : Au centre du Quatuor Arod, Pierre Genisson © Claudie Kibler Andreotti