26 Fév Jacky Terrasson, terrassant virtuose
Quel plaisir d’écouter Jacky Terrasson dans un cadre aussi intime que l’Auditorium de la Citadelle, à Villefranche. Un concert présenté par la Trinquette Jazz club, le 2 mars.
Ce lieu rappelle — en plus grand format — les fameuses caves de jazz, et permet surtout de vérifier que l’on n’écoute jamais aussi bien cette musique que lorsqu’on est tout proche du pianiste. Cette culture est faite pour la proximité, l’acoustique, la confidence, parfois. Même si elle se permet de hurler à d’autres moments. Et Jacky Terrasson connait tout cela sur le bout du doigt.
Ce pianiste franco-américain a commencé avec de grands noms tels que Barney Wilen, Dee Dee Bridgewater, Ray Brown, Tony Williams… Mais il a rapidement entamé une carrière de leader et on ne l’a plus beaucoup entendu comme sideman. En trio ou en solo, c’est un régal. Une technique éblouissante (il travaille encore couramment les exercices de Brahms, cette épreuve qui « tue les doigts« , comme il aime à dire), un soubassement rythmique jamais pris en défaut assuré par une main gauche diabolique, un swing auquel il tient plus qu’à tout, une impressionnante dynamique qui le fait passer d’un piano qui murmure à un clavier qui rugit…
Accompagné par la contrebasse de Sylvain Romano et la batterie de Lukmil Perez, le plus français des musiciens cubains, Jacky Terrasson nous fait aujourd’hui entendre tout un répertoire personnel, frais, inattendu, renouvelé, qui parfois se penche sur la tradition lyrique du piano romantique et nous fait réécouter Chopin arrangé à sa sauce, dans une musique toujours tonale, dans le sillage d’un piano bop virtuose. Quelques standards, parfois une Marseillaise étonnante, ou de vieux airs oubliés comme Smile de Charlie Chaplin qu’il a contribué à remettre à la mode. Chaque fois, on se laisse prendre par des accélérations foudroyantes, des arrêts-surprise, des ballades sentimentales, ou des métamorphoses profondes. Et nous voilà tout surpris de découvrir au bout de quelques mesures que ces cabrioles sont celles du Solar de Miles Davis, ou que ces soupirs d’aise viennent de Besame mucho, titre qui ouvre son dernier album Moving On, produit par son propre label Earth Sounds.
Son attachement profond à la mélodie est évident, et il n’hésite pas à explorer une certaine beauté sensuelle, que l’on pourrait penser facile, mais qui est une caresse douce pour l’amateur comblé.
La Trinquette Jazz Club accueillera ensuite, entre ses murs, la crème du jazz azuréen, dont son parrain depuis son lancement, Thomas Delor en trio (6 mars). Parmi les dates phares, citons deux autres trios, celui du guitariste Pierre Bertrand (27 mars), et celui du pianiste Fred d’Oelsnitz (29 mars), avec l’excellent Yoann Serra à la batterie, pour son nouveau projet NU3, ainsi que le concert du Kareem Kandi World Orchestra (21 mars).
Jacky Terrasson, 2 mars, Auditorium de la Citadelle, Villefranche-sur-Mer • Détails des dates à la Trinquette dans l’agenda. Rens: trinquettejazzclub.com
photo : Jacky Terrasson © Alexandre Lacombe