26 Fév À Cannes, des femmes qui jazzent
Dans notre journal, depuis de longues années, nous célébrons (encore plus qu’à l’accoutumée) la création féminine, à l’occasion de la Journée de lutte pour les droits des femmes. Eh bien, le Théâtre Alexandre III à Cannes, qui cette saison multiplie les plaisirs avec ses Jeudis du Jazz, a décidé de s’aligner en mars, en invitant Djazia Satour et Nesrine.
La première, née en Algérie et arrivée à Grenoble à l’âge de 10 ans, a rapidement cultivé sa belle voix dans des formations musicales diverses. Elle n’a que 15 ans quand elle embarque dans l’aventure du groupe grenoblois Gnawa Diffusion, dont le leader Amazigh Kateb est son demi-frère – et qui est en concert à Nice ce mois-ci (voir article page 4). Quelques années plus tard, on retrouve Djazia Satour dans le projet MIG où sa voix et ses origines deviennent l’axe central de ce groupe qui intègre des accents trip hop dans sa musique. Désormais, l’artiste développe son propre chemin discographique. Son album Aswât, sorti en 2018, sera le fil rouge de cette soirée où elle se présentera avec le pianiste Pierre-Luc Jamain. Mais le morceau El Hourriya, sorti en ce début d’année, annonce certainement un nouvel album et la découverte de nouvelles chansons…
Nesrine nous vient aussi d’Algérie, bien que son parcours soit radicalement différent. Issue d’une famille passionnée de musique, elle développe très tôt un goût pour la musique arabo-andalouse au chant et à la mandoline, avant de bifurquer vers une formation de violoncelliste classique. Un parcours qui la conduit entre Marseille, Lyon et Genève avant de rejoindre le célèbre orchestre de l’Opéra de Valence, à la demande du prestigieux chef d’orchestre américain Lorin Maazel. C’est d’ailleurs dans la ville espagnole que Nesrine rencontre un autre violoncelliste, Matthieu Saglio et le percussionniste David Gadea. Ensemble, ils créent le groupe NES et signent chez ACT l’album Alham en 2018. C’est sous son propre nom qu’ensuite elle sort deux opus, toujours chez ACT, un label qui se distingue par son esthétique visuelle et musicale. Kan Ya Makan, le dernier en date que l’on peut traduire par Il était une fois, propose de magnifiques chansons sublimées par sa voix et son jeu délicat, dont une reprise du Selma ya Salama, écrite par Sayed Darwich et définitivement popularisée par Dalida, qui évoque la nostalgie des Égyptiens en exil. Pour cette soirée à Cannes, elle sera accompagnée par les percussions d’Anissa Nehari et le clavier de Léo Jassef. Deux soirées pour un voyage entre art et amour de l’autre… Un beau programme que voilà !
Djazia Satour, 6 mars • Nesrine, 20 mars. Théâtre Alexandre III, Cannes. Rens: cannes.com
photo: Djazia Satour © Sylvain Sabard