Femmes en scènes : le feu sacré

Femmes en scènes : le feu sacré

C’est parti pour la 16e édition du festival Femmes en scènes, du 6 au 14 mars à Nice, sur 9 sites de la ville, théâtres ou lieux inédits. Rencontre avec Françoise Nahon, comédienne et créatrice de ce festival pour tous, unique en son genre.

D’où vous vient votre passion pour le théâtre, à Nice ?

Je suis comédienne et metteuse en scène, j’ai étudié au Conservatoire régional de Nice, en art dramatique. Je me suis passionnée pour le théâtre dès le collège. Et je suis très attachée à ma région ! En parallèle, j’ai suivi des études littéraires et j’ai enseigné pendant 25 ans. Tout en continuant à faire du théâtre ! J’ai créé ma compagnie, Acte 3, que je dirige toujours, j’ai tourné dans un film, créé le collectif Femmes en scènes et le festival éponyme. J’ai arrêté mon métier d’enseignante afin de me consacrer pleinement à ma passion. Le festival Femmes en scène a été le déclic pour progresser dans ce métier-là.

Comment est née l’idée de ce festival ?

Je travaillais sur la mise en scène de la pièce Une Femme seule de Dario Fo, qui traite de violences conjugales. Créer ce projet m’a donné l’idée et l’envie de m’intéresser aux droits des femmes. Je me suis alors rapprochée de diverses associations. Dès la première année, le festival a connu un gros succès. Puis très vite ce festival de théâtre est devenu pluridisciplinaire, et, à chaque édition, nous avons collaboré avec une association. Ce projet artistique a débuté au Théâtre de la Tour à Nice. J’ai tout de suite obtenu l’accord du directeur et le soutien de la ville de Nice.

Comment choisissez-vous les artistes et les spectacles ?

Ce festival a été conçu pour mettre les femmes spécifiquement à l’honneur. Nous choisissons en fonction des qualités professionnelles, mais aussi en fonction des qualités humaines. Nous voulons véhiculer les mêmes valeurs. Nous avons aussi à cœur de mélanger des spectacles locaux, régionaux et des spectacles extérieurs. Nous ne présentons que des professionnels, pas d’amateurs. Nous allons les voir sur scène, pendant les répétitions ou les captations. C’est une histoire de feeling, d’expérience aussi, et de prise de risques. Nous avons envie de donner leur chance à certains projets, de mettre en relation les artistes, les uns avec les autres. Nous avons jusqu’à une centaine de propositions par semaine ! Nous sommes aussi contraints par le budget !

Et la place des « hommes en scènes » ?

Le festival n’est pas interdit aux hommes, loin de là ! Nous recherchons la mixité avant tout même si le festival s’appelle Femmes en scènes.  C’est tellement important d’être ensemble tous et toutes. D’ailleurs, sans mon mari Tony Munoz, directeur associé et administrateur du festival, pas de Festival ! Il fait tellement de choses dans l’ombre… Et je n’oublie pas mon régisseur Thibault Caligaris, l’artiste photographe Gabriel Martinez, qui s’occupe de l’identité visuelle du festival… et bien d’autres !

Vous avez proposé à l’artiste plasticienne bien connue, SAB, d’être la marraine de cette édition.

Sabine Geraudie, dite SAB, vit à Nice depuis des années. La célèbre chaise bleue géante sur la promenade des Anglais, c’est elle ! Cette artiste est très associée à la ville de Nice. Sa chaise est parmi les œuvres les plus photographiées de la ville. De plus, nous n’avions jamais eu pour marraine du festival une plasticienne. SAB nous aide également à valoriser notre événement. Elle interviendra pour une exposition-débat au Méridien de Nice. Nous sommes d’ailleurs très contents de ce partenariat avec Le Méridien.

La poétesse bruxelloise Elya Verdal rejoint aussi cette édition pour une performance poétique et musicale, L’amour en creux, au Palais Lascaris ?

Elya Verdal est une poétesse connue en Belgique. Je l’ai rencontrée cet été, j’ai lu son texte d’une traite ! Il s’agit d’un texte très spécial, pas facile, parlant de sexualité et d’amour, presque érotique, à la fois très poétique et très cru. Ce texte ne se prête pas à tous les lieux. Le musée du Palais Lascaris est l’écrin baroque parfait. Elya Verdal a l’habitude de faire des performances, un musicien l’accompagne. Normalement, cette performance s’effectue avec un piano, mais ce n’était pas possible dans ce lieu. J’ai pensé à une harpiste, Scarlett Khoury. Elles se sont très bien entendues. L’artiste Plume (alias Indira Luz) va les rejoindre via son projet Anam Cara, basé sur des œuvres érotiques et sensuelles. Ces trois artistes se correspondent tout à fait ! Attention : il y a une seule date (le 8 mars), la jauge est toute petite, l’entrée libre… Ça va être unique, insolite, très surprenant et très beau !

Quels sont les autres temps forts de cette édition ?

Tous les spectacles sont importants ! Cette année, l’édition est un peu plus réduite, mais très intense. Elle s’articule autour du 8 mars puisque c’est la journée internationale des droits des femmes. Mais le festival se prolonge tout au long de l’année, avec encore trois ou quatre spectacles à venir.

L’ouverture du festival est confiée à la compagnie de danse Sof ?

Le spectacle Pièce de Vie parle de sororité, d’amitié, de créativité… sous une forme ludique et pleine d’énergie. Le prétexte ? La colocation entre trois jeunes femmes. Sof est une très belle compagnie, qui existe depuis longtemps. On ne parle pas assez d’elle, donc nous souhaitions la mettre à l’honneur. Nous défendons beaucoup la danse contemporaine. Et sommes donc ravis d’inaugurer notre festival avec un spectacle de danse.

Parlez-nous du groupe de flamenco Kaena Colora et de son spectacle Bandoleras ?

Ils vont mettre le feu sur scène ! Huit personnes, très talentueuses, un spectacle très festif mêlant musique, danse et récits. Sur un thème dans la droite ligne de notre thématique :  la lutte et la libération des femmes en Espagne, au travers du flamenco.

Le Théâtre de La Semeuse accueille Sofia Naït et son spectacle sur Joséphine Backer. Cette comédienne, danseuse et chanteuse est renommée.

Oui, Sofia Naït est multi-talents ! Elle a écrit, mis en scène et interprète Sous la peau de Joséphine. Nous sommes ravis de la recevoir. Ce n’est pas une création, mais ce spectacle musical retrace le parcours hors du commun d’une grande dame, Joséphine Baker, première star noire mondiale, comédienne, résistante dans l’armée française, et aux côtes de Martin Luther King pour lutter contre le racisme…

Autre thématique mise sous les lumières, la notion de genre ?

C’est terriblement d’actualité ! Dans L’élégant de 10 heures, donné au Théâtre de la Semeuse, la tante de l’héroïne principale devient un homme. C’est léger et beau, une histoire d’amour, une histoire vraie. C’est une création spéciale pour Femmes en scène, avec chanteuse au piano. Un spectacle théâtral, poétique et musical, basé sur un sujet très peu traité.  

Dans Le Mardi à Monoprix, c’est cette fois un homme qui devient une femme ?

Thierry de Pina et moi nous nous sommes retrouvés à Avignon l’an passé. J’ai eu le prix du meilleur seule en scène du Festival Off et lui le prix d’interprétation ! J’ai été très sensible justement à son interprétation, sa générosité extrême sur scène. Il incarne le personnage à la perfection. La pièce est basée un texte de référence sur cette problématique, d’Emmanuel Darley, écrivain et dramaturge. Pourquoi veut-on devenir une femme ? C’est quoi être une femme ? L’écriture est magnifique, le jeu extraordinaire. Cette pièce a été jouée dans la France entière, devant un jeune public, afin de les sensibiliser à la différence, l’acceptation, la tolérance, l’ouverture d’esprit. Il faut faire ce travail de fond. Le théâtre et le spectacle vivant en général ont ce rôle fondamental d’éduquer, de montrer, de dire les choses, de donner la parole. 

Encore un thème peu traité, les femmes et la nature ?

Nous apprécions aussi la Cie La Petite, avec sa fondatrice Sophie Tournier, qui joue un texte qu’elle a écrit, accompagnée de la musicienne Danielle Bonito Sales, que nous connaissons bien également. Cette expérience poétique et musicale, baptisée Neuf jours en forêt, est une grande première pour nous. Sophie Tournier a déjà participé à notre festival, j’apprécie la qualité de son écriture et je lui fais confiance.

Enfin, vous jouez vous-même dans Ita L. née Goldfeld ?

C’est une gageure de mener les deux de front, répéter et jouer cette pièce tout en organisant le festival. Mais cette pièce est un cadeau du ciel. Je suis très contente de clôturer le festival avec cette pièce-là, à Saint-Laurent-du-Var. J’essaye de jouer cette histoire vraie au maximum devant les jeunes de collèges et lycées. J’ai fait énormément de théâtre avec mes élèves, j’ai monté des spectacles… J’enseigne le théâtre, j’interviens dans les lycées… Le théâtre c’est toute ma vie et j’adore transmettre !

Dernières singularités du Festival ?

Le Pass Festival, afin de faciliter l’accueil des nouveaux publics, et des tarifs très préférentiels pour les jeunes, notamment les étudiants en art, les étudiants des conservatoires… Nous développons cette notion d’ouverture au plus grand nombre. Et pour chaque billet vendu, un euro sera reversé à l’association partenaire SOS Cancer du sein, notre partenaire depuis deux ans et précédemment. Ses membres sont très actifs sur le terrain. Enfin, les expositions présentées sont un grand plus au cœur du festival. Nous adorons associer les arts visuels aux scènes. De belles personnes, avec un univers bien à elles ! On vous attend nombreuses et nombreux !

6 au 14 mars, lieux divers, Nice & Saint-Laurent-du-Var. Rens: femmesenscenes.com

photo: Françoise Nahon dans Ita L. née Goldfeld © avignon-et-moi.fr

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