26 Fév Une vie révée
L’Opéra de Nice programme Juliette ou la clé des songes du compositeur tchécoslovaque, Bohuslav Martinú (1890-1959), naturalisé américain. L’opéra en 3 actes, tiré de la pièce éponyme de l’écrivain français Georges Neveux, sur un livret de Martini, fut créé le 16 mars 1938 au Théâtre National de Prague, en pleine montée du nazisme. 87 ans plus tard, jour pour jour, trois soirées sont programmées, les 11, 13, et 15 mars.
Lors de la présentation de sa saison 2024-2025 placée sous le thème Libres d’aimer, Bertrand Rossi, directeur de l’Opéra de Nice, qui avait reconnu un « choix un peu gonflé », l’expliquait ainsi : « C’est un opéra inconnu, mais qui a tout de même été donné à l’Opéra de Paris, et à Genève. C’est un opéra que Bohuslav Martinú a composé à Nice lors d’un séjour qu’il y fit de mai 1936 à janvier 1937. Sa femme était française, c’est aussi pour cela qu’il sera donné en français. Georges Neveux, l’auteur de la pièce surréaliste, a lui aussi passé son enfance à Nice. C’est un magnifique ouvrage, avec des chœurs énormes et un orchestre très important. C’est une musique presque symphonique, avec beaucoup de solistes. » L’argument ? Michel (Valentin Thill) marche, un peu égaré, dans les rues de Nice. La ville dort. Au hasard de son pas, il arrive Promenade des Anglais. Le soleil point. Soudain, le Musée Matisse et le bleu engloutissant d’un monochrome d’Yves Klein. Choc. Perte de connaissance. Urgences. Hôpital Pasteur. Michel est aux portes de la mort. Médecins et personnel soignant l’entourent.
L’orchestre, dirigé par l’enthousiaste néerlandais Anthony Hermus, chef principal du Belgian National Orchestra, bat la cadence, et le public, guidé par la musique, quitte le monde réel vers un ailleurs, inconnu et flou. Un monde de limbes où Michel a déjà pris le large en se laissant glisser dans les eaux indéchiffrables d’un rêve éveillé. Voici que surgit Juliette (Ilona Revolskaya). Tout se confond alors. Le vrai, le faux, la vie réelle, les faux souvenirs qui deviennent vrais. La mémoire de Michel se réinvente en continu au fil des personnes rencontrées. Une vie rêvée, promesse d’un bonheur impossible. Les gens qui passent sont bizarres. Existent-ils vraiment ? Ont-ils seulement existé ? Et toi, Juliette ? Tout de même, la vie est bizarre ! Au fond, bizarre comme un film de David Lynch. Bizarre comme les images qui passent sur l’écran en fond de scène, et scandent la mémoire à la dérive de Michel. Rappels furtifs de ce qui fut peut-être, ou ne fut pas, peut-être. Aucune certitude.
Jean-Philippe Clarac et Olivier Delœuil (Le Lab), qui avaient déjà signé la mise en scène de Rusalka à Nice, sont de retour pour illustrer ce voyage onirique, et envoutant comme une échappée fantastique, hors du temps et de la réalité. « Mais il va falloir vous réveiller — pour prendre le chemin du retour… » Mais il est des rêves, définitifs.
11 au 13 mars, Opéra de Nice. Rens: opera-nice.org
photo : répétitions Juliette ou la clé des songes © Opéra de Nice