26 Fév Combats d’hier et d’aujourd’hui
Avec La vie en vrai (avec Anne Sylvestre), Marie Fortuit a conçu un spectacle musical militant, qui revient sur l’héritage poétique et politique de la célèbre autrice-compositrice-interprète française, dans un exercice d’équilibriste percutant. À découvrir à Grasse en mars, et à Monaco en mai.
Le rideau s’ouvre sur deux femmes se posant des questions, à la manière d’une interview. L’une, brune au t-shirt noir, Marie Fortuit, demande : « Comment conciliez-vous la vie d’artiste et la vie de femme ?« . Pause. Pas de réponse. L’autre, blonde au t-shirt blanc, Lucie Sansen, lance alors : « Êtes-vous une femme qui doute ? » Le point commun de ces questions ? Elles furent posées à Anne Sylvestre, au cours des nombreuses interviews qui ont jalonné sa longue carrière. C’est aussi le genre de questions qu’on ne posera pas à un artiste masculin. Jamais. S’il ne trouve pas nécessairement ses origines ici, le féminisme et l’engagement de la chanteuse phare des années 60, pionnière sur de nombreux sujets encore tumultueux aujourd’hui, n’ont sans aucun doute fait que s’affirmer tout au long de sa vie d’artiste, ne serait-ce qu’en réaction à ce type d’agissement.
C’est à cette créatrice, cette femme sans étiquette, si ce n’est celle de féministe, que Marie Fortuit a voulu rendre hommage dans son spectacle La vie en vrai (avec Anne Sylvestre). Comme si elle faisait la conversation avec l’artiste disparue en 2020, la comédienne et dramaturge nous fait découvrir les moments marquants de sa vie, ponctués de passages de chansons ou d’interviews de la chanteuse, mais aussi d’extraits du roman d’Isabelle Sorente, Le complexe de la sorcière. Douze chansons de l’iconique chanteuse ont été choisies pour illustrer le propos – de Frangines à l’hymne féministe Une sorcière comme les autres, en passant par la poignante, Douce Maison. Le tout grâce à Lucie Sansen, musicienne en charge de faire résonner ses notes au piano, mais aussi de faire surgir les différentes voix qui ponctuent le spectacle. Comme l’extrait d’une interview de Michèle Bernard, proche d’Anne Sylvestre, à la suite de son décès.
Par le biais d’une scénographie épurée, sobrement illustrée par la présence d’instruments qui accompagnent les deux comédiennes, un lien intergénérationnel se crée entre les valeurs viscéralement défendues par Anne Sylvestre et les défis d’une femme trentenaire dans les années 2020. Des luttes qui n’ont d’ailleurs pas tant que ça changé, comme celles contre les violences faites aux femmes ou en faveur de l’avortement, mais aussi des combats politiques et environnementaux. Finalement, ce spectacle n’est pas seulement un hommage à la mémoire d’Anne Sylvestre, mais un moyen de la rendre plus vivante que jamais, en ressuscitant ses convictions afin de poursuivre encore et encore l’éternel combat des femmes à travers le monde, dans nos sociétés.
13 mars, Théâtre de Grasse. Rens: theatredegrasse.com • 8 mai, Théâtre Princesse Grace, Monaco. Rens: tpgmonaco.mc
photo : La vie en vrai (avec Anne Sylvestre) © Esmeralda Da Costa