Trois histoires et un poème

Trois histoires et un poème

Chili, 1988. En pleine dictature du sinistre général Augusto Pinochet, Qui suis-je ?, un mystérieux poème signé Juan Luis Martínez, devient symbole de liberté et de résistance, déclenchant dans la foulée une révolution sans précédent. Mais celui qui le signe en est-il réellement l’auteur ? 

La compagnie helvète Super Trop Top s’empare de cette extraordinaire supercherie littéraire comme point de départ de sa nouvelle pièce, Tous les poètes habitent Valparaíso. On y trouve trois personnages : un influent poète chilien qui reçoit un recueil de poèmes et l’envoie à un journal pour publication ; un journaliste suisse qui abandonne l’écriture pour l’action humanitaire avant de découvrir, quelques années plus tard, que son poème de jeunesse a dressé les foules contre la dictature de Pinochet ; et une comédienne en perte de sens, en quête d’une nouvelle manière d’interpréter le texte. Trois destins en apparence éloignés, pourtant liés par un même poème.

Puis l’on suit Scott Blum, un universitaire américain bien décidé à remonter aux origines de ce texte surgi de nulle part, et de son histoire trouble. Le spectateur se prend lui aussi au jeu, recollant les morceaux de cette enquête littéraire inédite à travers les récits entremêlés des trois protagonistes. Et si le poème ayant contribué au soulèvement chilien avait en réalité été écrit à des milliers de kilomètres de là… en Suisse ?

Dans une mise en scène qui multiplie les récits enchâssés et les jeux de mise en abyme, à l’image de cette histoire insaisissable, Tous les poètes habitent Valparaíso entraîne le public dans une fable rocambolesque. Au-delà de son aspect ludique, ce coup de cœur du Festival d’Avignon 2023 soulève des questions profondes sur l’impact de l’art, et la vie d’une œuvre après sa création : une fois publiée, elle échappe à son auteur et se transforme au gré des interprétations.

22 avr, Théâtre de l’Esplanade, Draguignan. Rens: theatresendracenie.com

photo : Tous les poètes habitent Valparaiso © Daphné Bengoa