Figaro ressort les ciseaux !

Figaro ressort les ciseaux !

C’est pourtant bien le metteur en scène Benoît Bénichou qui taille un nouveau costard au Barbier de Séville, en revisitant cet opéra en deux actes de Gioachino Rossini, dans une mise en scène féministe et engagée. À découvrir, du 2 au 8 mai, à l’Opéra de Nice.

Le Barbier de Séville, c’est l’histoire « d’une jeune fille (Rosina, interprétée par Lily Jørstad) enfermée par son tuteur (Bartolo / Marc Bernard), un personnage complètement fou furieux — il en vient à envisager d’emmurer le balcon de sa chambre pour éviter qu’elle ne voie les gens dehors… Cela ne vous rappelle rien, aujourd’hui ?« , indique Benoît Benichou. « Et en face, le Comte Almaviva (Dave Monaco), un autre grand malade, qui cherche par tous les moyens à entrer, de force, dans la maison de Bartolo et Rosina, pour ravir cette dernière. (…) On sait qu’Almaviva est un redoutable coureur de jupons, qui n’a pas dû se contenter de chanter la sérénade sous le balcon de Rosina. » Pour le metteur en scène, « il semblait plus intéressant de choisir cet autre éclairage d’autant plus qu’il correspond tout à fait à des dérives que l’on peut observer dans nos sociétés actuelles. Il serait vraiment très naïf et illusoire de penser que la condition des femmes que raconte cet opéra est de l’histoire ancienne… » 

Aussi, a-t-il choisi de développer ce Barbier de Séville par le prisme de son héroïne, mais à la fin de sa vie. « Rosina se remémore sa jeunesse, se demande si elle a bien fait de céder aux insistances d’Almaviva, dont on sait qu’il ne va plus cesser de la tromper, une fois qu’il l’aura épousée. (…) Elle est passée d’un enfermement (celui exigé par son tuteur) à un autre (celui de femme mariée). » Certes, cette relecture du chef-d’œuvre de Rossini est on ne peut plus sombre, mais « la musique de Rossini reste toujours aussi jouissive et pétillante — nous ne la trahirons pas !« 

Créé à Rome, le 20 février 1816 au Teatro di Torre Argentina, Le Barbier de Séville est sans doute l’opéra bouffe le plus célèbre de l’histoire de la musique. Composé en quelques semaines par Gioachino Rossini, à seulement 24 ans, sur un livret de Cesare Sterbini, c’est aussi l’une des œuvres les plus connues du compositeur italien. Interprétés par l’Orchestre Philharmonique de Nice, sous la baguette affutée de Lucie Leguay, les airs de bravoure qu’elle contient dansent dans nos mémoires. Qui ne s’est pas risqué un jour à chanter le fameux Largo al Factotum (Place au serviteur qui sait tout faire) qui marque l’apparition en scène de Figaro (Jurgen Baveyan), le coupe-tifs préféré de ces dames et de ces messieurs ? Figaro ! Figaro ! Figaro ! Fiiiiigaro !

2 au 8 mai, Opéra de Nice. Rens: opera-nice.org

photo : Benoît Benichou © Julien Benamou