Le cercle des obligés

Le cercle des obligés

Avec son roman Le cercle des obligés, Philippe Brunel s’intéresse à une affaire bien mystérieuse : l’affaire Markovic. Un récit troublant.

Journaliste et écrivain, Philippe Brunel manie la plume avec éclat. Il porte le fer dans la plaie, avec un sens du détail et une finesse qui transparaissent même dans ses descriptions les plus cruelles. Roman ? Thriller ? Fait divers ? Disons plutôt : une sombre et sordide histoire, à peine romancée…

Souvenez-vous : l’affaire Markovic, sulfureuse, fit la une il y a plus d’un demi-siècle. Un scandale mêlant figures du cinéma et du pouvoir politique, toujours aussi opaque aujourd’hui.

Enfant, Philippe Brunel vivait à une coudée des studios de Jean-Pierre Melville, partis en fumée peu avant la disparition de Markovic. Un décor de roman noir pour un garçon curieux, vif, avide de savoir. Sa famille, fuyant le fascisme italien, s’était installée en France. Il grandit entre les Alpes-Maritimes et le Var avant de « monter à Paris » — comme le disait Mireille Darc, Toulonnaise elle aussi, en évoquant son chemin depuis le port militaire jusqu’à la capitale. Elle y rencontra Alain Delon. Lui, star montante, côtoyait Markovic, qui était à la fois majordome, doublure lumière, chauffeur… et amant de Nathalie, l’épouse d’Alain. Une trahison qu’il ne lui pardonnera jamais.

Philippe Brunel imagine un journaliste enquêtant dans le Var de son enfance

Retour au Sud, donc, où l’enquête nous mène : Hyères, l’Almanarre, Giens, La Capte, le port de Niel, et Toulon, d’où un jeune mataf nommé Delon embarquait à 17 ans pour l’Indochine…

Mais qu’est-ce donc que ce « Cercle des obligés » ? Qui était l’obligé de qui ? Se dessine peu à peu une toile de personnages venus de tous horizons : ils se croisent, se servent, se manipulent, se font chanter… et parfois, s’éliminent. Tout ne serait-il qu’affaire de rencontres… et de « vertu » ?

En octobre 1968, sur une décharge d’Élancourt, dans l’Essonne, on retrouve un corps enveloppé dans une housse de matelas Tréca. Le visage est massacré, méconnaissable. Le cadavre de Stevan Markovic, suspendu miraculeusement à une branche, comme retenu d’un dernier pas vers l’enfer.

L’autopsie révèle des grains de sable méditerranéens… Les enquêteurs se tournent vers la pègre toulonnaise, vers François Marcantoni — bras droit du mafieux Jean-Louis Fargette, tous deux proches de Delon et Markovic. Qui a tenu l’arme ? Et pour le compte de qui ?

Tous ou presque finiront mal : Uros Milicevic, Milos Milosevic, Henri Diana… assassinés. Par qui ? Pourquoi ?

Markovic détenait des clichés, des films compromettants de célébrités. Montages ? Preuves ? On cherche encore. Ce n’est pas un jeu, c’est une traque. Une tragédie.

Pourquoi Delon a-t-il toujours refusé d’écrire sur sa vie ? Il disait « haïr l’homme qu’il était ». Hors de question pour lui de laisser une image amorale et souillée à ses enfants…

Où est la vérité ? Les morts se taisent, mais parfois un indice resurgit du néant. Patience…

Philippe Brunel, journaliste sportif endurant, fin limier et collectionneur de faits, ne lâche pas prise. Le mystère demeure. Quelqu’un sait. Certains ont su.

Et peut-être donne-t-il une piste, avec cette photo en couverture de son livre : des jours heureux. Au premier plan, Nathalie, Alain Delon… et Stevan Markovic.

Le cercle des obligés de Philippe Brunel (Grasset)