Traversée mémorielle en haute-mer

Traversée mémorielle en haute-mer

Jusqu’au 19 octobre, le musée des Arts asiatiques de Nice invite à une étrange traversée… Avec l’exposition Derrière les vagues, le visiteur se trouve plongé au cœur de l’œuvre de Bao Vuong, artiste franco-vietnamien dont le parcours personnel et artistique se confond avec les thèmes de l’exil et de la mémoire.

Né au Viêt Nam, alors jeune enfant, Bao Vuong fuit son pays avec sa famille. Leur périlleuse et terrifiante traversée en mer sur des embarcations de fortune, semblable à celle des milliers de « boat people » voulant échapper à la dictature, deviendra le socle d’une œuvre marquée par la quête identitaire, l’errance et la résilience. Cette expérience fondatrice irrigue l’ensemble de sa production artistique, notamment la série The Crossing, qui le fait connaître sur la scène internationale. Ces vastes toiles marines, sombres et vibrantes, traduisent la houle d’une mer aussi bien physique qu’intérieure — un paysage d’angoisse, mais aussi d’espoir.

Dans cette exposition, Bao Vuong poursuit son exploration de l’invisible et du silence, à travers une palette volontairement restreinte, dominée par un noir profond, parfois rehaussé de feuilles d’or ou de lueurs discrètes. Les matériaux qu’il utilise — goudron, encens, pigments — portent une forte charge symbolique et rituelle, comme autant de fragments d’un souvenir traumatique. La matière se fait mémoire, l’œuvre un espace de méditation.

Le parcours de l’exposition, pensé comme une traversée sensorielle, engage le spectateur dans une expérience immersive. Les œuvres de l’artiste ne sont pas de simples tableaux accrochés au mur : on les approche presque comme des installations. Chaque pièce devient un seuil, un passage entre deux états — visible-invisible, obscurité-clarté, absence-résurgence.

La curation de Simone Dibo-Cohen, présidente de l’Union méditerranéenne pour l’art moderne (UMAM), partenaire de l’exposition, souligne avec finesse cette dualité constante entre ombre et lumière, silence et révélation. Le choix du musée des Arts asiatiques de Nice, carrefour de cultures, s’impose comme une évidence : il fait le lien entre la mémoire intime de l’artiste et le patrimoine culturel de son pays d’origine, tout en répercutant un écho méditerranéen à cette mer omniprésente, à la fois menace et promesse.

Avec Derrière les vagues, Bao Vuong ne livre pas seulement une œuvre d’art : il propose un acte de transmission. Dans ses propres mots : « Des flots noirs à l’espoir (…) que ces paysages de mer noire fassent résonner en chacun de nous un écho et un message de lumière. » Une invitation à plonger dans la profondeur des souvenirs pour y trouver, peut-être, un éclat de lumière.

L’ÉQUILIBRE ABSOLU
Parallèlement à Derrière les vagues, le Musée départemental des Arts asiatiques à Nice dévoile également l’exposition SUMŌ – L’équilibre absolu, du 2 août 2025 au 1er février 2026. Celle-ci développe une vision poétique et puissante du sumō à travers les photographies de Philippe Marinig et les estampes de Kinoshita Daimon. Estampes anciennes, objets à l’effigie des lutteurs, cadeaux diplomatiques remis à Jacques Chirac — grand admirateur de la culture japonaise —, et même un trophée conçu par Pierre Soulages… Leurs œuvres dialogueront avec une sélection de pièces rares, prêtées par plusieurs institutions prestigieuses, pour un panorama inédit.

Bao Vuong, Derrière les vagues, jusqu’au 19 oct • SUMŌ – L’équilibre absolu, 2 aoû au 1er fév, Musée départemental des Arts asiatiques, Nice. Rens: maa.departement06.fr

photo: Vue de l’exposition © Département 06