26 Juin Picasso se démultiplie à Vallauris
Tout l’été, le Musée Magnelli, musée de la céramique de Vallauris invite le public à approfondir l’approche du multiple dans l’œuvre du grand Pablo Picasso, à travers une double exposition : Picasso céramiques, les techniques du multiple et Picasso, ses affiches.
Au lendemain de le 2e Guerre Mondiale, Picasso s’installe définitivement sur la Côte d’Azur. C’est à Vallauris, ville reconnue pour sa tradition potière où il s’établira de 1948 à 1955, qu’il expérimente une pratique artisanale, plus populaire : la céramique. Plus de 3500 pièces seront créées, témoignant de l’inventivité de l’artiste et de sa parfaite maîtrise d’une technique qu’il développe avec passion. Lieu dévolu à la céramique, le Musée Magnelli se devait pour sa double exposition estivale de revenir sur ce lien intime de Picasso avec la terre.
Si la plupart des créations du maitre espagnol furent originales, quelques centaines furent éditées en plusieurs exemplaires dans le célèbre atelier Madoura, en collaboration avec Suzanne et Georges Ramié. Picasso façonne la glaise pour donner naissance à des assiettes, plats ou pichets qu’il revêt de scènes tauromachiques, de faunes ou de nymphes ; il manipule l’émail pour la qualité des coloris et l’éclat du vernis. Ou bien il s’agira de « répliques authentiques » à partir d’originaux créés par Picasso, mais réalisés par les artisans de l’atelier. Et de ces pièces surgissent les motifs iconiques du peintre : visages, chèvres, natures mortes…
Le multiple, un idéal de diffusion démocratique
La seconde exposition du Musée présente 70 affiches originales de l’artiste. L’œuvre graphique, qu’il s’agisse d’affiches ou de lithographies, répond à la volonté de Picasso à s’adresser au plus grand nombre. L’artiste célèbre le quotidien de Vallauris et de ses ouvriers ou bien délivre un message politique dans un appel à la paix. Aussi est-il important de relier le texte et l’image, et on voit comment Picasso, toujours à partir de solutions différentes parvient à dynamiser la typographie. Chaque lettre devient un signe qui s’incorpore au message émis par l’image. Et celle-ci répond au graphisme qui souvent structure le rythme de la composition. Si les affiches témoignent de l’engagement de Picasso, elles traduisent aussi sa passion pour la corrida que Picasso finança à Vallauris jusqu’en 1961.
Photographies, linogravures et un dessin complètent ce parcours. Le multiple, que ce soit dans l’art de l’affiche ou de la céramique, s’inscrit dans un idéal de diffusion démocratique de l’œuvre. D’une édition à l’autre, Picasso n’a cessé d’y apporter des variations. Très tôt, il s’est intéressé à la question du multiple aussi bien dans ses gravures que dans les tirages en fonte de ses sculptures. Pour lui, la reproduction de masse n’est pas seulement un moyen de diffusion, elle permet d’expérimenter à partir d’un outil de recherche et d’innovation. Dès 1914, par exemple, sa sculpture Verre d’absinthe est tirée à six exemplaires, mais il peint de manière unique chaque exemplaire.
Cette relation singulière entre Picasso et l’art du multiple est trop souvent occultée et le Musée Magnelli nous permet de redécouvrir une autre facette du Maître de la démesure qui toujours nous transporte dans un nouvel univers.
Musée Magnelli, musée de la céramique, Vallauris. Rens: vallauris-golfe-juan.fr
photo: Pablo Picasso, Vallauris 1956. Plat rond. Tiré à 100 exemplaires numérotés, exemplaire 93/100. Madoura, édition Picasso, empreinte originale, AR 330 Terre de faïence blanche D. 42 cm Collection musée Magnelli, musée de la céramique, Inv. 1993-3-3 Photo : François Fernandez. © Succession Picasso, Paris, 2025