« Dès qu’ils croisent un dragon, ils font un meeting! »

« Dès qu’ils croisent un dragon, ils font un meeting! »

Le musée des Arts et Traditions Populaires de Draguignan fête ses 40 ans. A cette occasion, il accueille, tout l’été, l’exposition Dragons et animaux fantastiques : réenchanter le monde. Un titre ambitieux pour un projet qui croise histoire locale, mythes universels et imaginaire contemporain.

Draguignan, littéralement « la cité du dragon », n’a pas usurpé son surnom. La bête fait partie intégrante du patrimoine, elle est présente dans l’espace public, sur le blason des associations sportives, dans les livres… C’est d’ailleurs en s’appuyant sur l’ouvrage Un dragon provençal de Pierre-Jean Gayrard, ex-Président de la Société d’Études Scientifiques et Archéologiques de Draguignan et du Var, que Stéphanie Dahan, commissaire de l’exposition et cheffe du service Patrimoines et Musées de Draguignan, a conçu un parcours qui imbrique légendes fondatrices et réflexions actuelles. L’objectif ? Expliquer d’où vient de ce dragon, symbole de la ville, et ce qu’il raconte.

Petit rappel de la légende, pour les « estrangers » ! On trouve mention de la créature en question dans plusieurs textes anciens, mais l’histoire la plus connue fait bien-sûr référence à Saint-Hermentaire, Saint patron de la cité varoise, qui aurait vaincu un dragon surgi de la chaleur et des crues, incarnation des fléaux qui touchent la région depuis la nuit des temps. Réinterprétés au fil des siècles, ces récits sont à la fois mythologiques et géographiques, puisqu’ils évoquent un territoire soumis aux éléments. La « dernière attaque » du monstre en 2010 est d’ailleurs encore dans toutes les mémoires, jusqu’à rendre la devise de la ville assez troublante : Alios Nutrio, meos devoro (Je nourris les autres, je dévore les miens) …

Mais l’exposition ne se contente pas seulement de raconter ces légendes. Elle propose un parcours artistique dans le dédale du musée, qui s’appuie sur un socle scientifique établi avec Hélène Bouillon, conservatrice au Louvre-Lens. Au fil des salles: estampes japonaises, œuvres africaines et sud-américaines, enluminures médiévales, ex-voto, tapisseries et sculptures, croisent des installations contemporaines, comme ce dragon en papier géant de Lili B., ainsi que des emprunts prestigieux, comme ces planches originales d’Alice au pays des merveilles prêtées par la BnF, ou des œuvres du Musée des Arts asiatiques de Nice et du Louvre-Lens

Une exposition qui mobilise ainsi un large réseau de partenaires et s’inscrit dans une dynamique de territoire, qui relie Draguignan aux villages voisins d’Ampus et de Châteaudouble, eux aussi, liés aux légendes draconiques.

Finalement, Dragons et animaux fantastiques est une exposition sur l’imaginaire collectif, qui explore la manière dont les sociétés ont utilisé ces créatures pour exprimer l’indicible, exorciser les peurs, et rappeler que l’enchantement aura — quoiqu’il se passe à l’avenir — toujours sa place. Et sincèrement, une exposition qui met en exergue une réplique de Kaamelott dès son ouverture — « Du temps de Pendragon, on avait le sens du dramatique : Stonehenge, le Lac, Avalon… Maintenant, dès qu’ils croisent un dragon, ils font un meeting ! » (Ygerne de Tintagel) — ne peut que valoir le détour !

Jusqu’au 13 aoû, Musée des Arts et Traditions Populaires, Draguignan. Rens: culture.dracenie.com

photo : vue de l’exposition © Pascal Linte