Porquerolles, l’ile aux jazz

Porquerolles, l’ile aux jazz

Dans cette île de rêve qu’est Porquerolles se déroule chaque année un festival remarquable par sa programmation originale et pointue, constituée essentiellement de musiciens basés en France. Des propositions qui nous étonnent et nous ravissent en redéfinissant les frontières du jazz, ou en renouvelant son héritage. 

Car parfois Porquerolles n’hésite pas à éclairer la tradition : c’est ce que fait Marion Rampal, à la voix claire et émouvante, qui n’a pas peur de chanter en français, mais revient aussi sur le répertoire d’Abbey Lincoln et fait revivre, avec le très délicat guitariste Mathis Pascaud, les révoltes et les découvertes de cette diva inclassable.

« En 2002, quand le festival a vu le jour, certains des musiciens invités aujourd’hui n’étaient pas encore nés. D’autres rêvaient, adolescents, dans les rues de Bamako, de Paris, d’Addis-Abeba ou de Londres« , indique l’équipe du festival. « Désormais, ils jouent ici, entre mer et ciel, dans cette extraordinaire sentinelle de pierre. Construit pour repousser l’ennemi, le Fort Sainte-Agathe accueille désormais les voix du monde. Il est devenu un phare immobile, qui éclaire sans imposer. »

Et parmi les lumières qui illumineront ce 24e festival Jazz à Porquerolles, du 9 au 14 juillet, on aura aussi la chance d’écouter Jowee Omicil. Saxophoniste haïtien qui a grandi au Canada, ce lyrique qui s’est frotté à tout le jazz contemporain porte le souvenir des traditions vaudoues de son lointain passé. On découvrira son nouvel ensemble, avec entre autres le batteur Arnaud Dolmen, l’un des plus intéressants de la scène d’aujourd’hui qui fait ressortir dans sa pulsation les fantômes de ses origines guadeloupéennes.

Les frères Ceccaldi seront aussi à Porquerolles. Théo est violoniste, Valentin violoncelliste (bassiste à l’occasion), et tous deux rencontrent pour l’occasion Yom, clarinettiste marquant de ces dernières décennies. Un musicien travaillant sur le souffle ténu, sur le timbre le plus suave et le plus rêveur, sur un fil de son continu et envoutant. Un trio de découverte magique !

On retrouvera la fratrie Ceccaldi dans d’autres projets oniriques : Kutu inspiré par les couleurs éthiopiennes qui nourrissent tant le jazz depuis quelques années, ou l’étonnant Lagon Nwar, éclairé par la voix singulière de la Réunionnaise Ann O’Aro. La jeune femme porte en elle la culture de son île et la véhémence du maloya. Mais elle y ajoute une force, une fêlure, une identité qui la font reconnaitre immédiatement ! 

Si l’on ajoute à tout cela la présence de Ballaké Sissoko et sa kora malienne qui se marie aux compositions du guitariste Piers Faccini, on aura déjà un bel aperçu des ambitions de ce festival. À savoir, dérouler un florilège intelligent de toutes ces noces des musiques dites « du monde » avec des improvisateurs européens de haut vol.

9 au 14 juil, Fort Sainte-Agathe, île de Porquerolles – Hyères. Rens: jazzaporquerolles.org

photo: Jazz à Porquerolles 2024 © Jazz à Porquerolles