Chagall, archange de la couleur

Chagall, archange de la couleur

Au Musée de Vence – Fondation Émile Hugues, associé au Musée national Marc Chagall, le peintre né le 7 juillet 1887 à Vitbesk en Biélorussie, y est mis à l’honneur avec l’exposition Chagall. Les années Vençoises. Une renaissance méditerranéenne qui montre une série d’œuvres de sa période vençoise, exécutées entre 1949 et 1966. 

On retrouve dans cette exposition ses thèmes de prédilection — cirque, musique, danse — approfondis à travers des expérimentations nouvelles, céramique, sculpture, mosaïque, vitrail, tapisserie. Celle-ci regroupe un ensemble de peintures, dessins et lithographies originales, prêtées par le musée Marc Chagall de Nice, des œuvres du Musée national d’art moderne de Paris, et celles issues de collections particulières. A voir jusqu’au 2 novembre 2025.

1948. Marc Chagall, né Moïché Zakharovitch Chagalov, naturalisé français en 1937, en exil en Amérique depuis 6 ans pour fuir la menace nazie, décide de rentrer en France, traumatisé par le décès brutal en 1944, de sa femme, sa muse, Bella. Il s’installe à Vence, en 1949, tombé sous le charme de la lumière, la végétation, les pierres. « Ici, dans le Midi, j’ai vu pour la première fois des fleurs. II m’a semblé qu’elles ont transformé ma palette. » Dans ce cadre neuf, il découvre la céramique, exécute ses premières sculptures. Une approche artistique inédite pour l’artiste traversé de son identité culturelle. Chagall n’était pas un observant strict, mais revendiquait l’éducation juive russe qu’il avait reçue. Jusqu’à la fin de sa vie, il en évoquera le souvenir fécond dans ses toiles. 

Mais à Vence, le voici en tension avec les diktats de sa religion pour représenter des thèmes et des sujets bibliques. Car, toute représentation, image ou sculpture, est proscrite. « La philosophie et la théologie issues du Judaïsme se montrent, sinon hostiles, pour le moins indifférentes à toute forme de représentation de la beauté en art« , a écrit l’universitaire et historien de l’art Itzakh Goldberg. Chagall en avait conscience. D’autant que ses deux voyages en Grèce coïncident avec la poterie, travail en trois dimensions. En se lançant dans des projets d’envergure comme le Message Biblique, Chagall dynamise sa pratique et libère son style dans un jaillissement de couleur, mais n’oublie pas les conseils de son maître Léon Bakst, à l’étudiant qu’il était (1906-1907) à Saint -Pétersbourg : « Toujours limiter le monde des couleurs pour mieux les dominer« . 

Le voyage en Grèce, la beauté explosive des paysages de la Méditerranée où désormais il vit, ont ébloui son œil de peintre. Les vitraux de la Cathédrale de Metz ou l’art de la luminescence, vu par Chagall. Aussi des commandes pour décors de scène de l’Opéra de Paris (1964), du Met Opéra de New York (1966). Dans sa recherche de lumière, Chagall tentait de capter la vérité intime de l’humain à travers un monde énigmatique pétri de joie et de pure fantaisie où chèvres, ânes, violons, poulets, vaches et couples amoureux volent dans le ciel. Un monde où, par la couleur, Chagall réunit culture yiddish, art populaire russe, judaïsme et christianisme : « Celui qui possède la couleur crée une seule religion, la religion de l’amour et de l’humanisme. »

Jusqu’au 2 nov, Musée de Vence – Fondation Émile Hugues. Rens: museedevence.fr

photo: Marc Chagall dans sa villa Les Collines à Vence, Avril 1951 © Boris Lipnitzki / Roger-Viollet © Marc Chagall / ADAGP, Paris 2025