En attendant… la lumière

En attendant… la lumière

Dans la tradition japonaise, le kintsugi est l’art de réparer un objet brisé en soulignant ses fissures à la poudre d’or. Non pas pour masquer la cassure, mais pour en sublimer les imperfections. La compagnie québécoise Machine de Cirque s’est emparée de cette métaphore pour créer son 11e spectacle, de passage à Mougins, Draguignan et Sainte-Maxime.

Depuis 2013, la troupe fondée par Vincent Dubé transforme la prouesse en récit, l’acrobatie en émotion. Son dernier spectacle Kintsugi marque une nouvelle étape, plus introspective, plus incarnée, sans rien perdre cet élan joueur qui a fait leur réputation.

Sur scène, un simple abribus posé hors du monde devient la matrice d’un voyage intérieur. Huit inconnus y attendent un bus qui ne vient pas. Comme les vagabonds de Samuel Beckett dans En attendant Godot, les personnages de Kintsugi transforment ce moment d’attente, suspendu hors du temps, en espace narratif. Mais là où le dramaturge anglais laisse ses personnages dans un état stationnaire, en cultivant le doute, l’absurde et le vertige existentiel, Machine de Cirque déroule le fil de la métaphore japonaise et leur propose une voie de résilience, en les projetant vers la lumière. L’attente est alors un déclencheur, elle ouvre la porte à la transformation. « Le spectacle, à travers sa dramaturgie originale, travaille à dévoiler les cicatrices, la part d’ombre de ses personnages : la rupture amoureuse, le deuil, la maternité. Ces histoires qui sont les leurs, tous peuvent s’y reconnaître« , souligne Vincent Dubé

Quant au geste acrobatique, il naît ici de la dramaturgie, et non l’inverse : main à main, mât pendulaire, trapèze ou sangles ne servent plus seulement l’exploit, mais racontent la façon dont on tombe, dont se relève, dont s’appuie sur l’autre. « On nous raconte une histoire, simplement. Et le cirque magnifie les gestes et symboles de celle-ci« , explique le metteur en scène Olivier Lépine. Les interprètes vont ainsi au-delà de la ‘ »simple » performance circassienne pour ouvrir une véritable zone de théâtre, où les personnages partagent leur vulnérabilité à travers un bain de poésie physique. « En m’inspirant d’une personne chère qui m’a souvent semblé transformer les tempêtes en éclaircies, nous avons exploré ces zones orageuses de l’humain, cherché les brèches de lumières dans le noir et célébré la solidarité. »

18 déc, Scène55, Mougins. Rens: scene55.fr
19 & 20 déc, Théâtre de l’Esplanade, Draguignan. Rens: theatresendracenie.com
21 mars, Carré Sainte-Maxime. Rens: carre-sainte-maxime.fr

photo : Kintsugi © Virgile Sabouraud