25 Fév Au risque de… tout !
À Hyères en mars, le Théâtre Denis accueille Strip : au risque d’aimer ça, une plongée immersive dans le milieu du striptease, par la Cie Libre Cours.
D’emblée le titre de la représentation donne le ton. Vous avez bien lu. Il s’agit d’un spectacle performatif proposé par le duo Julie Benegmos et Marion Coutarel, où il sera question de ce troublant univers à part entière, dont la mise en scène des jeunes femmes éveille émotion et désir, tout en déjouant un modèle sexuel, celui établi par l’ordre social. Bref, un genre artistique qui déclenche encore bien des fantasmes et beaucoup d’idées reçues dont elles se sont emparées en parvenant à modifier notre regard vers la question de l’amour.
Le point de départ de cette proposition est autobiographique, car il implique la comédienne Julie Benegmos qui, afin de garder le statut d’intermittente par le peu d’heures manquantes, avait répondu à une annonce pour être stripteaseuse au théâtre érotique La Chochote. D’où l’idée de cet objet théâtral au carrefour du témoignage, du reportage, de la performance, et d’une expérience immersive qui lève le rideau sur l’entrée des artistes, ses coursives, ses escaliers qui font directement entrer le public dans une atmosphère de cabaret mis en lumière par un fluo rose indien, qui claque et enveloppe tout à la fois. « Le tease est un stimulus dont on connait le point de départ, mais jamais le point d’arrivée ; il est une sorte de premier véhicule, mettant le monde en branle en direction de l’excitation— une excitation toujours susceptible de se propager. » (Laurent De Sutter, Striptease ou l’art de l’agacement)
La comédienne raconte le casting pendant que des vidéos de stripteaseuses défilent. « C’est un étrange risque que la nudité. Avec l’âge, on pardonne à son corps de n’être pas parfait, on se réconcilie parfois avec lui lorsqu’il commence à se déprendre de vous. La nudité est scandaleuse toujours car elle donne à voir ce qui ne peut se voir, elle offre ce qui précisément ne peut s’offrir. » (Anne Dufourmantelle, Éloge du désir) La pièce instaure une parole libre en passant par des interviews de femmes, d’hommes, d’où émergent les différents points de vue de ces personnes qui, à un moment de leur vie, ont vécu l’expérience d’un club de striptease.
Inspirée de l’essai Éloge du risque (2011) de la philosophe Anne Dufourmantelle, la mise en scène délimite cinq mouvements : au risque du manque ; d’être vulnérable ; du scandale ; de perdre son âme ; du désir. Également romancière et psychanalyste Anne Dufourmantelle avait écrit : « On veut l’intensité sans le risque. C’est impossible. L’intensité c’est le saut dans le vide, la part d’inédit, ce qui n’a pas encore été écrit et qui pourtant en nous est en attente de précisément ça…«
14 mars, Théâtre Denis, Hyères. Rens: compagniedelecho.fr, hyeres.fr
photo : Strip © Marie Clauzade