Le Professeur

Le Professeur

Un titre à la fois court, fort et impactant pour une œuvre née de la nécessité absolue de ne pas oublier… Ce Professeur, on s’en souvient toutes et tous : Samuel Paty. Interprété une première fois par Charles Berling, le spectacle est aujourd’hui incarné par Carole Bouquet, qui fait désormais vibrer l’âme de cet enseignant d’histoire-géographie et lui rend hommage à Cannes, le 8 mars 2026.

Ce seule en scène – porté par trois femmes : Emilie Frèche à l’écriture, Muriel Mayette-Holtz à la mise en scène, Carole Bouquet au jeu – remonte le fil des 10 derniers jours de Samuel Paty, jusqu’à sa décapitation par un extrémiste islamiste à la sortie de son collège, pour avoir montré des caricatures du prophète Mahomet signées Charlie Hebdo, lors d’un cours sur la liberté d’expression. Un drame qui a secoué la France entière le 16 octobre 2020.

La plume d’Émilie Frèche, auteure engagée dans la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, ne cherche pas le fait divers, mais l’humain derrière le symbole… Son professeur offre une plongée dans les coulisses de l’école de la République, là où le savoir se heurte parfois à une incompréhension radicale.

Sous la direction de Muriel Mayette-Holtz, la mise en scène se veut sobre, presque clinique, pour laisser toute la place à la puissance du verbe. Carole Bouquet y endosse, tour à tour, le visage de l’enseignant gagné par la colère et la peur, mais aussi celui de la principale qui ne sait que faire, et aussi l’élève qui a menti, l’assassin menaçant, les collègues qui se désolidarisent, ainsi que le référent-laïcité impuissant. Une polyphonie de protagonistes où chacune et chacun révèle ce qu’il a fait, ou pas fait, ce qu’il aurait dû faire… « Cela montre que, dans une même personne, peuvent cohabiter des contradictions, de petites lâchetés, des défaillances, et que l’on n’est pas toujours juste. On a tous un peu de chacun à l’intérieur de soi« , explique la metteuse en scène

Pour accompagner ces mots, les compositions de Cyril Giroux confèrent une dimension quasi cinématographique à la pièce, transformant le plateau en un espace de mémoire où chaque note résonne comme un hommage à la dignité de l’enseignant. Le compositeur emprunte d’ailleurs à l’univers de l’école quelques sons familiers : la sonnerie, le brouhaha des élèves…

Une pièce juste, indispensable et digne, qui met ce dramatique évènement à distance pour l’entendre, le comprendre, le ressentir et l’affronter. Et pour ne pas laisser le silence l’emporter.

8 mars, Théâtre Palais Stéphanie – JW Marriott, Cannes. Rens: palaisdesfestivals.com

photo : Carole Bouquet dans Le Professeur © Louie Salto