25 Fév La poésie en liberté (in)conditionnelle
En 2026, les Journées Poët Poët célèbrent leur 20e édition dans un monde qui semble foncer droit dans le mur et a relégué la poésie au fond de la boîte à gants… Un monde brutal, où tout va trop vite, où les mots ne servent plus qu’à former des slogans, où la nuance et la parole libre peinent à se faire entendre. Autant dire que la thématique du Printemps des Poètes 2026, auquel participe l’événement organisé par la Cie Une petite voix m’a dit, résonne de manière troublante : Liberté. Force vive, déployée.
Des forces vives, le Poët Burö n’en manque pas. Rassemblé autour de la comédienne et poétesse Sabine Venaruzzo, il organise les Journées Poët Poët depuis 2007 et, pour cette 20e édition, il a vu les choses en grand, avec 20 journées poétiques déployées sur toute l’année 2026. Dès janvier, le ton était donné au Bistrot Poète à Nice, avec le slameur et romancier Marc Alexandre Oho Bambe. En février, le performeur berlinois Sten Rudstrom proposait un workshop d’Action Theater™, exploration exigeante de l’improvisation par le corps, la voix et le langage.
À présent, place au temps fort que constituent les Journées Poët Poët, du 11 au 22 mars. Douze jours durant lesquels la poésie serpentera à travers paysages urbains, littoraux et montagnards, pour les relier par le verbe et la mixité artistique (arts plastiques, musique, cinéma, arts de rue…) : de Nice à La Gaude, de la vallée de la Roya au pays de Grasse. Ici, pas de scènes figées, on préfère les déplacements, les surprises… Crèches, maternités, monastères, campus universitaires, librairies, médiathèques et chemins de traverse s’érigent sur la route comme autant de postes avancés pour défendre et revendiquer toutes les formes de poésies, pourvu qu’elles soient vivantes, incarnées, indociles.
Sonnet Mondal, invité d’honneur
Invité d’honneur de cette édition, le poète indien Sonnet Mondal incarne pleinement l’idée de liberté, l’ouverture internationale et la vitalité contemporaine du festival. Figure majeure de la scène poétique internationale, éditeur et fondateur du Kolkata International Poetry Festival, traduit dans plus de 20 langues, il porte une poésie ancrée dans le réel, attentive aux fractures sociales, aux mémoires blessées, à la spiritualité et à la circulation des langues.
On retrouvera notre homme, né et vivant à Calcutta, à plusieurs reprises au cours du festival : le 18 mars à Nice, pour une lecture performée à la bibliothèque Nucéra et, en soirée, lors d’une scène ouverte à la Cave Romagnan, en compagnie du poète et danseur Baptiste Lochon. Mais aussi lors d’une rando-écriture, le 22 mars, qui mènera le public vers une forteresse troglodyte au départ d’Aiglun ! Un moment durant lequel on écrira en marchant, on lira en respirant, dans un rapport direct au paysage et au corps. D’ailleurs, la danseuse et chorégraphe Delphine Pouilly sera du voyage, tout comme le Collectif du Trom (théâtre).
De nombreuses nouveautés
Autour de Sonnet Mondal graviteront de nombreuses voix venues d’ici et d’ailleurs, confirmant la vocation transfrontalière des Journées Poët Poët. Parmi elles : la performeure et chercheure non binaire, né·e en Tunisie, Selim-a Atallah Chettaoui, et la poétesse londonienne Iris Colomb, qui participeront notamment à la traditionnelle Journée en Pouasie au monastère de Saorge (15 mars), ainsi qu’à l’une des nouveautés de cette édition anniversaire : la soirée ViPéo & Doésie (13 mars). Proposée avec la complicité de l’association Il était un truc…, ce moment permettra de mêler une sélection de courts-métrages à des lectures performées.
On croisera également la route de la Slovène Mateja Bizjak Petit, porteuse du projet Un bébé, un poème. À la fois intime et hautement symbolique, ce geste – inspiré d’une tradition slovène – consistant à offrir un poème à la naissance, tel un premier acte artistique, sera proposé à la Polyclinique Santa Maria, au sein de la maternité Kantys, le 13 mars. Un geste modeste, voire anodin en apparence, mais finalement radical et engagé : affirmer que la poésie peut, et doit, accompagner la vie dès les premiers souffles.
On dit que les Belges ont la frite ! Comme on peut le constater, n’est pas poète qui veut… Quoi qu’il en soit, le 19 mars à La Trésorerie, Les Belges prennent le pouvoir lors d’une soirée où Aurélien Dony et Jérémie Tholomé, dream team du Fiestival à Bruxelles, auront micro ouvert pour déclamer une poésie protéiforme – des mots, du corps, visuelle – avant de donner la parole au public.
Une soirée anniversaire
Une partie de tout ce beau monde se réunira le 20 mars à La Gaude, au centre culturel La Coupole, à l’occasion d’une soirée célébrant les 20 ans du festival ! On y croisera également le chœur des poètes de l’école M. Pagnol (La Gaude), la musicienne et chanteuse Gwenn Masseglia, l’équilibriste Anna Ghautier, le Poët S Gang (composé de Tatiana Geay, Murielle Roquebrun, Sophie Tournier, Sylvie Teissier et de la taulière Sabine Venaruzzo), ou encore les danseurs et chorégraphes Jeff Bizieau et Pascal Renault, qui interprèteront le poème chorégraphique Niflheimur. L’occasion, enfin, d’assister au vernissage de l’exposition Allumer le ciel, de l’artiste peintre et poète des formes Daniel Fillod.
Comme le rappelle l’édito d’Emmanuel Hoog, président du Printemps des Poètes, dans un monde où « les prisons n’ont jamais accueilli autant de poètes, d’artistes et de talents animés par la liberté de création et d’expression, nous ne devons pas oublier la force première de la poésie : le dérèglement du monde, le combat de l’ordre établi« . Alors, poétisons, plus que jamais !
11 au 22 mars, lieux divers, Alpes-Maritimes. Rens: unepetitevoixmadit.com, printempsdespoetes.com
photo: visuel de l’affiche des Journées PoëtPoët 2026 © Eric Clément-Demange