25 Fév Ce qu’elles ont sur le cœur
L’Une est l’autre est le sujet du Théma #51, proposé par la scène nationale Châteauvallon-Liberté, qui met en avant la créativité au féminin. Lancé en janvier, il se poursuit jusqu’au printemps, avec quelques rendez-vous phare.
L’une se reconnaît dans L’autre, sorte d’alter ego, une forme d’autre elle-même, si semblable et pourtant si différente. Unité de cœur à travers des visions de femmes qui regardent dans différentes directions pour tenter de donner naissance à un autre visage au monde. Résister par la poésie, dénoncer par le mouvement, désarmer par les mots ; elles explorent toutes les formes artistiques pour ouvrir de nouvelles pistes de réflexion ou simplement, pour témoigner.
Tenir debout
Pour Suzanne de Baecque, il s’agit avant tout de Tenir debout. Dans cette pièce de théâtre, elle imagine un duo burlesque aux côtés de sa complice Raphaëlle Rousseau pour l’aspect chorégraphique. A quoi peuvent bien rêver les Miss ? C’est ce qu’elle nous invite à découvrir en infiltrant le comité d’organisation d’un concours régional. Cet univers de beauté ne manque pas de paradoxes. A l’heure où de plus en plus de femmes revendiquent de ne pas être jugées sur leur image, comment celles-ci abordent-elles l’idée de plaire à tout prix ? La réponse est dans ce spectacle de théâtre documentaire, né d’une véritable expérience vécue, composé de deux parties : tandis que la première met en avant le ressenti de Suzanne de Baecque, la seconde fait appel aux témoignages de miss qui permettent de déconstruire certains préjugés dans une ambiance pétillante, débordante de vie.
La Cuenta
Marina Gomes, fondatrice de la Cie Hylel située à Marseille, s’inspire aussi de la vie au quotidien. Mais la sienne est loin des projecteurs ; ce sont plutôt les feux de l’actualité qui viennent éclairer son projet. La Cuenta [Medellín-Marseille] est un projet fort qui porte sur scène la violence des quartiers populaires. Après Asmanti et Bach Nord, il s’agit du troisième volet d’un triptyque qui permet d’aborder le sujet sous des angles différents. Après avoir vécu en Colombie où elle a pu découvrir l’action de collectifs de rue qui luttent contre les exactions du narcotrafic tel que les projets AgroArtes, Galeria Viva de la comuna 13, elle a souhaité mettre en lumière un sujet sensible qui prend de l’ampleur dans notre société.
Avec La Cuenta, elle se place du point de vue des familles dont la vie a été bouleversée par la perte d’un être proche. Trois femmes, trois danseuses, nous plongent dans les émotions les plus contradictoires qui animent les mères, les sœurs des victimes. Volonté de vengeance ou recherche de paix ? Derrière la cruauté des hommes, il ne reste que les larmes des femmes. Sur scène, 43 petites plantes rappellent le nombre de victimes au jour de la création de la pièce. Marina Gomes, qui a également une formation de psychologue, remue nos convictions au-delà d’un manichéisme ambiant. Elle ose dire. Comme le font de nombreuses femmes depuis l’apparition du mouvement #metoo.
Sur le cœur
C’est d’ailleurs cette libération de la parole qui a inspiré l’autrice et metteure en scène Nathalie Fillon. Sa dernière création Sur le cœur [Fantasmagorie du siècle 21] offre une vision pleine de fantaisie et de poésie, sous forme de théâtre musical de science-fiction. A la parole, elle oppose le silence, celui d’Iris, jeune femme conduite à l’hôpital où elle est prise en charge par une neuropsychiatre iconoclaste, accompagnée de son assistant Mario, chef de la chorale du lieu. Avec humour et tendresse, la pièce met en avant toute la difficulté de dire. Comment exprimer la douleur la plus profonde et quelles en seront les conséquences ? Sur le cœur est un acte artistique libérateur.
Tenir debout, 3 au 5 mars, Le Liberté, Toulon • La Cuenta, 10 mars, Le Liberté, Toulon • Sur le cœur, Châteauvallon, Ollioules. Rens: chateauvallon-liberte.fr
photo : Tenir debout © Jean-Louis Fernandez