Une femme à la tête de l’OPMC, une première !

Une femme à la tête de l’OPMC, une première !

Succédant à Kazuki Yamada, la cheffe Nathalie Stutzmann deviendra la 19e directrice artistique et musicale de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo (OPMC) dès septembre 2026, et la première femme à occuper ce poste depuis 1856, date de la création de l’orchestre. Portrait.

Née en 1965 à Suresnes, Nathalie Stutzmann est tombée dans la marmite de la musique bien avant sa naissance. Son père était baryton et sa mère, Christiane Stutzmann, chanteuse lyrique, s’est produite sur scène alors que sa grossesse était déjà bien avancée. Elle racontait même, sur une chaîne de radio nationale, avoir gardé comme des réminiscences de cette période gestative. En tout cas, la voie (la voix) était tracée. Celle qui présidera aux destinées artistiques de l’OPMC a commencé par le chant, « par défaut« , avoue-t-elle. Dans les années de son adolescence, il était en effet impensable d’imaginer une femme devenir cheffe d’orchestre – alors que c’était déjà son désir profond. Elle se tourne donc vers le chant, avec la chance d’avoir une voix rare.

Sa tessiture de contralto – la plus grave chez la femme –, puissante et incarnée, la fait exceller dans le répertoire baroque, mais aussi classique et moderne. Elle mène une brillante carrière internationale, enregistre plus de 80 CD, remporte de nombreuses distinctions et se produit dans les plus grandes salles du monde. C’est d’ailleurs à l’opéra, en tant que chanteuse, qu’elle rencontre pour la première fois l’orchestre monégasque, puis en 1999 lors d’une création de Laurent Petitgirard, enregistrée chez Naxos.

Chanter et diriger

En 2008, elle décide d’élargir l’instrument qui lui donne accès à la musique. À la voix, elle ajoute la direction d’orchestre et entame, en parallèle, une carrière de cheffe, au terme d’un véritable parcours du combattant dans un univers où les femmes peinent encore à trouver leur place. Un rêve d’enfant qui se réalise enfin pour celle qui pratiquait aussi le piano, le violoncelle et le basson.

Elle prend conseil auprès de Seiji Ozawa, qui l’encourage, puis se forme auprès du grand maître finlandais Jorma Panula. Elle fonde son propre orchestre, Orfeo 55, qu’elle dissout en 2019, et dirige comme cheffe invitée quelques-unes des plus grandes formations européennes et américaines.

Depuis 2021, elle est directrice musicale de l’Atlanta Symphony Orchestra, qu’elle continuera à diriger jusqu’en 2029. De nombreux allers-retours au-dessus de l’Atlantique sont donc en perspective pour celle qui est de nouveau invitée à Bayreuth, après son immense succès de l’été dernier, mais aussi à Munich, Amsterdam, Londres et Bruxelles. « Mais l’orchestre de Monte-Carlo sera ma famille européenne« , assure-t-elle.

« J’ai grandi avec cet orchestre« , confie-t-elle lors de sa conférence de presse de présentation, à Monaco en décembre dernier. « La première fois que j’ai écouté ces concertos de Ravel joués par Samson François, c’était extraordinaire. »

Ses objectifs avec l’OPMC

L’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, elle l’a dirigé à de nombreuses reprises, dans le domaine lyrique – notamment en 2014 avec L’Élixir d’amour et en 2017 avec Tannhäuser – ainsi que dans le répertoire symphonique. « J’aimerais le remettre dans la lumière« , répond-elle lorsqu’on l’interroge sur ses projets. Attachée à l’histoire de la formation, elle souhaite lui redonner la visibilité internationale qu’elle a longtemps eue, en développant les retransmissions et les réseaux.

Elle entend également faire bénéficier l’orchestre de son contrat d’exclusivité avec Warner Classics. Autre priorité : la transmission aux plus jeunes, pour briser le mur qui semble parfois séparer les enfants des orchestres. « On ne peut pas forcer un enfant à aimer la musique symphonique, mais on peut lui proposer d’écouter, de découvrir ce qu’est le travail, lui montrer que nous ne sommes pas des dinosaures et que la musique, c’est la vie. »

La collaboration entre les trois entités musicales monégasques – l’orchestre, l’opéra et le ballet – lui apparaît également essentielle, et elle entend œuvrer en ce sens. Puis, détail moins anodin qu’il n’y paraît : le plaisir de s’exprimer dans sa langue maternelle fait aussi partie des bonheurs qu’elle associe à Monte-Carlo. « Cela permet de trouver le mot poétique que l’on ne trouve pas nécessairement dans une autre langue. »

Programmation de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo sur opmc.mc

photo: Nathalie Stutzmann © Daniele Ratti