25 Mar La langue des mondes mêlés
Nomade sur le bleu est le nom du programme que présentera le Sâbir Quintet à Correns, lors d’un concert qui conclura une résidence avec Le Chantier, du 4 au 10 avril 2026.
Sâbir Quintet… Rien que le nom du groupe – créé par Raphaël Benyoucef, oudiste et compositeur – donne envie de tendre l’oreille, de saisir à demi-mot, de deviner de quoi il retourne… Non pas de comprendre « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement« , mais au contraire de faire ce doux effort vers une langue à moitié inconnue, à moitié familière, qui mêle les mots que l’on connaît à ceux que l’on découvre.
Le violoncelle et la clarinette, bien qu’ils gardent toujours une part de mystère, viennent d’un passé proche. La clarinette basse – un tout autre instrument que la clarinette en si bémol – laisse échapper des soupirs et des sanglots qui intriguent davantage. Le bouzouki et surtout le oud sont cousins d’une guitare très acclimatée, mais conservent des intervalles et des tournures qui évoquent déjà l’Orient : leur gamme est moins limpide à nos oreilles françaises ; le demi-ton, si logique, se resserre, grince légèrement. Le qanun est comme une harpe horizontale dont les cordes aigrelettes s’emmêlent, se croisent et se délient, comme ces rails de chemin de fer que l’on voit danser à l’arrière des trains. Quant au daf et surtout au zarb, venus tout droit d’Iran, on ne sait s’ils sont plutôt percussifs, ou mélodiques : frappe implacable, frottements sensuels, glissements retenus…
C’est de ce mélange savamment composé que naît la musique du Sâbir, inventant des mélodies qui entrecroisent les traditions et des rythmes qui surprennent les musiciens eux-mêmes : alternance de carrures familières et de mesures déhanchées à cinq ou sept temps. Résidence, masterclass, concert : on aura tout le loisir de découvrir cette musique du monde qui tente d’inventer un monde nouveau.
10 avr, La Fraternelle, Correns. Rens: le-chantier.com
photo : Sâbir Quintet © Anne Trierweiler