L’ImpruDanse du bouquet final

L’ImpruDanse du bouquet final

Dix éditions, et toujours une manière bien à lui de ne pas finir comme les autres. Pour sa journée de clôture, le 4 avril, le festival L’ImpruDanse concentre tout ce qui fait son identité : hybridation des formes, goût du risque et sens de la fête.

Lancé le 14 mars, dans le hall du Théâtre de l’Esplanade, avec une grande battle de danses urbaines, qui a vu plusieurs générations de danseuses et danseurs s’affronter, le festival L’ImpruDanse a ensuite déroulé une programmation croisant grandes figures de la scène chorégraphique et artistes émergents dans divers lieux de la ville. Mais comme toutes les bonnes choses ont une fin, regardons un peu ce que nous réserve Maria Claverie-Ricard, directrice de Théâtres en Dracénie, pour la journée de clôture.

Dès le matin, on entre dans le vif du sujet avec Danse, ma parole, création de Nacim Battou et Julien Avril, que nous avons évoquée dans notre précédent numéro, et présentée à trois reprises comme pour mieux en saisir les nuances. Ce duo improbable – l’un chorégraphe, l’autre homme de théâtre – s’amuse précisément de ce qui les oppose. Le corps d’un côté, le verbe de l’autre. Ou plutôt : le corps qui parle et la parole qui trébuche (et vice versa). Né d’une rencontre presque fortuite, le spectacle cultive cette fragilité initiale pour en faire une force. Un objet artistique hybride, à mi-chemin entre stand-up, confidence et performance, où l’intime devient matière à jeu et à réflexion sur la place de l’artiste aujourd’hui.

Une démarche d’échange et de partage que l’on retrouvera aussi lors de la traditionnelle chorégraphie géante donnée cette année en clôture, mais toujours dans la rue, devant le théâtre. Conçue par Jamal M’hanna, de la Cie Par-allèles, et ouverte à tous, aux amateurs comme aux simples spectateurs, elle prendra des accents latinos, grâce à la présence de danseurs-chorégraphes que l’on retrouvera en soirée. 

Tels Alfonso Barón et Luciano Rosso, qui présenteront Un Poyo Rojo (traduisez Le coq rouge), ovni argentin devenu phénomène international depuis sa création en 2008. Sur une scène transformée en vestiaire de sport, ces deux danseurs clowns assez déjantés, aux corps incroyablement malléables, se livrent à un duel aussi physique que burlesque. Tout y passe : mime, danse, acrobatie, théâtre gestuel… Leur partition, parfaitement huilée, explore sans détour les tensions du masculin – désir, rivalité, jalousie – avec beaucoup d’humour et une bonne dose d’absurde comme on aime.

Puis, il sera temps de dire au revoir – et à l’année prochaine – au festival, avec le spectacle tamUjUntU. Portée par le chorégraphe brésilien Paulo Azevedo et la compagnie sud-africaine Via Katlehong, cette pièce s’inscrit dans un désir de décloisonnement : croiser les influences, dépasser les clichés inhérents aux danses urbaines, ouvrir de nouveaux espaces d’expression, en mêlant cultures et rythmes : pantsula, hip-hop, samba, amapiano. Un dialogue entre Afrique du Sud et Brésil, entre héritages, transmission, et modernité, qui transformera le plateau en espace de célébration… et de résistance.

Enfin, parce qu’un anniversaire digne de ce nom ne saurait s’achever dans le calme, la soirée se prolongera sur le dancefloor, avec Lungile Mahlangu, danseuse du spectacle tamUjUntU. Une manière de rappeler, après dix éditions, que L’ImpruDanse porte on ne peut mieux son nom, et n’a rien perdu de son goût du risque ni de son sens de la fête.

4 avr, Théâtre de l’Esplanade, Draguignan. Rens: theatresendracenie.com

photo : tamUjUntU © Tony Guillou