25 Mar Aux sources de Puccini
À l’affiche de l’Opéra de Nice du 24 au 30 avril, Le Villi (parfois francisé en Les Willis) offre un retour aux sources de Giacomo Puccini aussi bref qu’intense : 1h10 pour redécouvrir son tout premier opéra, composé en 1884 pour un concours milanais. Bon, l’ouvrage n’a pas été primé… Mais qu’importe : son triomphe public allait lancer l’une des carrières les plus classes de l’histoire lyrique.
Inspiré des légendes d’Europe centrale, et de l’œuvre qu’Alphonse Karr en tira, le livret de cet opéra-ballet en deux actes, signé d’un certain Ferdinando Fontana, emprunte au même imaginaire qu’un ballet à succès, créé une quarantaine d’années plus tôt : Giselle, parfois titré Les Willis – à savoir, ces fiancées mortes avant leurs noces, condamnées à danser la nuit jusqu’à entraîner les vivants dans leur ronde fatale. L’intrigue est assez simple, presque archétypale : Roberto (Thomas Bettinger) trahit Anna (Vanessa Goikoetxea), qui meurt de chagrin avant de revenir, spectrale, le précipiter dans une danse de mort. Mais déjà, Giacomo Puccini impose une signature : sens du théâtre, lyrisme immédiat, et une manière assez directe de faire affleurer l’émotion. Une œuvre fougueuse comme le très jeune homme qu’il était alors, encore traversée d’influences – héritage post-verdien et révolution wagnérienne – mais déjà très efficace.
Pour cette nouvelle production, associant notamment l’Opéra de Toulon, la direction musicale est confiée à Valerio Galli, spécialiste reconnu du génial compositeur italien, qui a reçu en 2013 le Prix Puccini pour l’ensemble de sa carrière. Mais c’est surtout la proposition scénique de Stefano Poda qui attire l’attention. Stakhanoviste de l’art lyrique, artiste total, notre homme signe la mise en scène, les décors, les costumes, les lumières et la chorégraphie !
« Ma mise en scène prendra la forme d’un vaste plateau dichotomique, conçu comme une installation où s’affronteront et se refléteront l’homme et la femme, la nature et la technologie, le matériau et le technique, Apollon et Dionysos, le classique et le germanique« , explique Stefano Poda. « Au centre, un grand espace dédié à la danse, qui deviendra le véritable moteur dramatique du spectacle, jusqu’au grand final de damnation et de rédemption. Pour accompagner l’ensemble, le symbole de l’Éternel Féminin traversera une mise en scène presque entièrement au féminin. La narratrice, voix parlée, sera l’un des multiples visages de ces Villi. » Fidèle à son langage esthétique, le metteur en scène brouille les frontières entre disciplines et installe l’œuvre dans une dimension symbolique élargie, convoquant aussi bien l’Antiquité que des imaginaires plus contemporains.
Avec cette production, Le Villi apparaît finalement moins comme une curiosité de jeunesse puccinienne que comme un galop d’essai préparant le terrain à des œuvres comme La Bohème ou Tosca. D’autant que la signature visuelle défendue par Stefano Poda promet de la transformer en une expérience plastique totale.
24 au 30 avr, Opéra de Nice. Rens: opera-nice.org
photo : modélisation scénographie Le Villi © Stefano Poda