25 Mar La musique au féminin pluriel
Cette année, le Festival Présence Compositrices souffle ses 16 bougies. Se déroulant depuis 2 ans au cœur de la magnifique Abbaye de La Celle, dans le Var, ce festival unique en France met à l’honneur des compositrices de tous temps et toutes nationalités, parfois injustement oubliées ou trop peu célébrées. À (re)découvrir cette année, sur trois weekends, du 17 avril au 3 mai.
« Aux prières, chuchotements et rires des moniales d’antan répond alors, comme en écho, le souffle de l’inspiration des compositrices de divers temps. À ces multiples voix se mêlent aussi celles des artistes, femmes et hommes, qui permettent à des dizaines de pages musicales encore trop souvent méconnues de naître, ou renaître. » Ainsi Claire Bodin, créatrice de Présences Compositrices, résume l’esprit de ce festival. Depuis sa création, cet événement s’organise autour des compositrices, mais n’est pas un festival uniquement destiné aux femmes. Les œuvres sont en effet interprétées aussi bien par des femmes que par des hommes.
En solo ou à plusieurs
Durant le Festival, 19 artistes seront sous les lumières, en solo, en duo, en trio ou au sein d’un ensemble. Parmi les dames, Sophie de Bardonnèche, violoniste baroque, ouvrira le bal avec un programme intitulé Destinées, qui a notamment donné lieu à un enregistrement très remarqué sous le label Alpha Classics en 2024. Accompagnée par Justin Taylor au clavecin et Salomé Gasselin à la viole de gambe, elle redonne vie à des perles baroques de dix compositrices restées longtemps méconnues. Parmi elle, Élisabeth Jacquet de La Guerre, fil conducteur du concert, qui a désormais gagné la place qu’elle méritait au Panthéon des compositrices, et dont on disait au XVIIe siècle – par facilité – qu’elle était la « première musicienne du monde ».
Également sur scène : Clémence Niclas, chanteuse lyrique baroque et experte de la flûte à bec, et Nour Ayadi, pianiste, pour des récitals en solo, ou encore Calling Marian, compositrice techno, acid et trance… Celle-ci accompagnera la gambiste et actrice Lucile Boulanger, lors du 2e weekend, dans un programme mêlant musique baroque et French Touch ! Si quatre siècles séparent ces courants musicaux, les deux femmes ont choisi Versailles comme « point de rencontre » et « terrain de jeu commun » pour cette expérience plus qu’originale.
Parmi les formations invitées : le Duo Neria, qui clame son amour du répertoire romantique, l’Ensemble Anarrès, groupe vocal protéiforme dans une création mondiale de Laure Alice Poulain, le Trio Nóta, connu notamment pour ses chants populaires de Hongrie a cappella, ou l’Ensemble Obsidienne, vocal et instrumental, au répertoire médiéval et Renaissance.
Des hommes aux côtés des femmes
Le Festival Présences Compositrices fait aussi la part belle aux artistes masculins, comme Justin Taylor, que nous avons déjà évoqué, David Louwerse, passionné par la création musicale, qui enseigne le violoncelle aux conservatoires de la ville de Paris et la musique de chambre au Pôle Sup 93, ainsi qu’à l’École Normale de Musique de Paris, ou encore Oumarou Bambara.
Originaire du Burkina Faso, ce musicien, compositeur, arrangeur et multiinstrumentiste, qui a collaboré aussi bien avec feu Amadou et Mariam qu’avec la compagnie Royal Deluxe, ou de nombreuses compagnies de danse, participera à une soirée « hommage à notre Terre-Mère universelle« , selon les mots de Virginie Aster, compositrice, professeur de violon et spécialiste du trac. Eve Noire est un voyage musical qui rassemble la tradition écrite occidentale et la poétique orale africaine. »
Quand Lully croise Clara Schumann
Parmi les compositrices d’antan mises en lumière, citons également Melle de Ménetou (1679-1745), Fanny Hensel (1805-1847), Johanna Kinkel (1810-1858), Émilie Mayer (1812-1883)… et plus près de nous, Varvara Gaigerova (1903-1944), Tatiana Nikolayeva (1924-1993)… Sans oublier la référence Clara Schumann (1819-1896).
Festival totalement inclusif, quelques alter ego masculins seront aussi de la partie comme Jean-Baptiste Lully (1632-1687), Marin Marais (1656-1728), François Couperin (1668-1733), Antoine Forqueray (1671-1745), ou encore Jean-Philippe Rameau (1683-1764)…
Enfin, autour des concerts, le public pourra participer à ce que le festival nomme Les modulations, soit des « moments dédiés à la découverte, aux échanges et partages » : conférences, ateliers – écriture, Une compositrice / une œuvre, Les plantes et la mythologie, Compositrices sur le bout des doigts, etc. – et visites guidées. Et, cerise sur le tempo, un tarif exceptionnellement bas : 10 € le tarif plein pour les concerts, les activités en journée étant gratuites…
CLAIRE ET CLARA
Claveciniste de formation, Claire Bodin est également la directrice du Centre de ressources et de Promotion Présence Compositrices. Elle a publié un carnet d’entretiens consacré à la compositrice Camille Pépin ainsi qu’un roman, Le fil d’Adrienne, portrait d’une compositrice contrariée, qui use d’un stratagème afin que ses descendants aient accès à son œuvre. Elle se consacre depuis de nombreuses années à la mise en valeur de la création musicale des femmes dans la musique classique, anime des ateliers, participe à des colloques et donne de nombreuses conférences. Soutenue par la Sacem, elle est par ailleurs à l’origine de la création de Demandez à Clara, une base de données unique au monde, extrêmement simple d’utilisation, ayant pour objectif de faciliter l’accès aux œuvres des compositrices de toutes les époques, oubliées ou invisibilisées. Pourquoi Clara ? Du nom de la célèbre pianiste et compositrice Clara Schumann, la femme de… Côté compositrices d’hier et d’aujourd’hui, cette base permet de faire vivre leurs créations à travers des représentations et des enregistrements. Concernant les professionnels, les élèves d’écoles de musique et de conservatoires, les mélomanes et les amateurs, cette base leur donne accès à des fiches par compositrice (plus de 2200 fiches), ainsi qu’à leurs œuvres (plus de 26 000).
17 avr au 3 mai, Abbaye de La Celle. Rens: festivalpresencecompositrices.com
photo : Calling Marian © Marie Rouge