Quand la terre devient lumière

Quand la terre devient lumière

À Nice, l’Espace culturel départemental Lympia consacre une vaste rétrospective à Lilette et Gilbert Valentin, figures majeures et pourtant méconnues de la création céramique française de l’après-guerre. Intitulée Quand la terre devient lumière, cette exposition met en exergue le parcours singulier d’un couple d’artistes dont l’œuvre, foisonnante et libre, a largement contribué au rayonnement de Vallauris dans les années 1950.

Potiers, céramistes, peintres et sculpteurs, Lilette et Gilbert Valentin partagent très tôt une même volonté d’explorer les potentialités de la matière au-delà des frontières traditionnelles de l’artisanat. Après une solide formation technique, ils s’installent en 1950 dans une ancienne fabrique de Vallauris qu’ils rebaptisent Les Archanges. Bien plus qu’un atelier, le lieu – malheureusement détruit en 2012 au profit d’un projet immobilier – devient rapidement un véritable laboratoire artistique où se croisent créateurs, écrivains, poètes et musiciens.

Cette aventure attire de nombreuses personnalités du monde culturel, parmi lesquelles Jean Cocteau, Pablo Picasso ou encore Jacques Prévert. Fasciné par l’esprit du site, Cocteau le décrit comme un espace « magique » et en devient Président d’honneur. L’artiste et poète français collabore alors avec les Valentin à la réalisation de cadrans solaires et de décors en faïence, témoignant de la richesse des échanges qui animent alors Vallauris.

Cette exposition niçoise retrace l’évolution d’une œuvre qui, partie de la poterie, s’ouvre progressivement à d’autres formes d’expression, les artistes développant un univers plastique marqué par le goût de la courbe, du mouvement et de la métamorphose. La lumière méditerranéenne irrigue l’ensemble de leur production : jaunes éclatants, rouges ardents, bleus profonds et oranges incandescents composent une palette vibrante qui semble capturer l’intensité de la Côte d’Azur. Les émaux, enrichis notamment de sable de Biot, produisent des textures granulées qui renforcent la présence matérielle des œuvres et leur confèrent une dimension presque minérale.

À partir des années 1960, alors que la production industrielle se généralise, Gilbert Valentin prend ses distances avec l’artisanat pour explorer de nouveaux territoires. Il se tourne vers le métal et imagine le Méca-art, un langage plastique élaboré à partir d’objets mécaniques récupérés. Mécasculptures, mécaportraits et mécasphères naitront de cette recherche inventive, qui n’est pas sans rappeler certaines expérimentations de Jean Tinguely.

Première rétrospective institutionnelle consacrée au couple, l’exposition de l’Espace Lympia offre l’occasion de redécouvrir une œuvre profondément originale où dialoguent la terre, la couleur et la lumière.

16 mai > 18 oct, Espace culturel départemental Lympia, Nice. Rens: espacelympia.departement06.fr

photo : Mécaportrait, pochoirs d’objets de récupération, aérographe sur papier, h. 65 x l. 50 cm, Gilbert Valentin, 1973, collection privée © Emmanuel Valentin, archives Valentin