Brauner, magicien du surréalisme

Brauner, magicien du surréalisme

Avec l’exposition L’Aventure magique, visible du 3 juillet 2026 et 3 janvier 2027, le Nouveau Musée National de Monaco propose une immersion exceptionnelle dans l’univers foisonnant de l’une des figures les plus singulières du surréalisme, Victor Brauner, dont l’œuvre à la fois érudite, mystérieuse et profondément inventive reste encore largement à redécouvrir.

Cette rétrospective dévoile pour la première fois au public une collection privée constituée à Monaco. Réunissant plus de 160 œuvres réalisées entre les années 1920 et les années 1960, elle offre un panorama inédit de la production de l’artiste : peintures, dessins, sculptures et objets dialoguent au fil d’un parcours qui révèle toute la richesse de sa création.

Né en Roumanie en 1903, Victor Brauner se forme au contact des avant-gardes de Bucarest avant de rejoindre le mouvement surréaliste autour d’André Breton en 1933. Tout au long de sa carrière, il puise dans les mythologies, les civilisations anciennes, l’ésotérisme, les arts dits « primitifs », ou encore la littérature romantique allemande pour élaborer une œuvre profondément personnelle. Entre rêve et réalité, humour et mystère, ses créations composent une véritable cosmogonie où se croisent créatures hybrides, symboles énigmatiques et visions prophétiques.

Le parcours monégasque met notamment en lumière le talent de dessinateur de l’artiste. Auteur de milliers de feuilles, il développe un langage graphique d’une remarquable liberté, nourri par l’automatisme surréaliste. Corps fragmentés, figures métamorphosées, êtres chimériques et compositions aux proportions déconcertantes témoignent d’une imagination sans limites. Son trait, à la fois précis et spontané, révèle un univers où le désir, l’inconscient et le fantastique se rejoignent.

L’exposition revient également sur les années décisives de son engagement surréaliste. Fasciné par le motif de l’œil – qui deviendra tragiquement prémonitoire lorsqu’il perdra l’usage de l’un d’eux en 1938 –, Brauner développe un vocabulaire symbolique unique, peuplé de lycanthropes, de doubles et de personnages visionnaires. Durant la Seconde Guerre mondiale, réfugié dans les Hautes-Alpes, il poursuit inlassablement ses recherches malgré l’isolement et les difficultés matérielles. C’est alors qu’il invente de nouvelles techniques, comme les célèbres « dessins à la bougie », véritables talismans destinés à conjurer les menaces du monde extérieur.

Les dernières salles révèlent l’extraordinaire inventivité des années 1950 et 1960. En résonance avec les réflexions anthropologiques de son époque et certaines expérimentations de l’art brut, Brauner simplifie les formes, multiplie les visages schématiques et crée un langage visuel intemporel. Regards fixes, figures totémiques et signes mystérieux composent un univers à la fois ludique et mélancolique, où l’humain, l’animal et le mythe se confondent.

À travers cette rétrospective, la Villa Paloma invite le visiteur à pénétrer dans l’univers fascinant d’un artiste qui n’a cessé de réinventer le réel, confirmant ainsi sa place essentielle dans l’histoire de l’art du XXe siècle.

3 juil > 3 jan, Nouveau Musée national de Monaco – Villa Paloma. Rens: nmnm.mc

photo : Victor Brauner Nous sommes trahis, 1934 Huile sur toile 96,8 x 130 cm, Collection privée, Monaco © Sacem Monaco 2026 – Photo : François Fernandez