20 Juil Belle Bête !
À Menton, le Musée Jean Cocteau – Le Bastion célèbre les 80 ans de La Belle et La Bête, film classique inclassable de Jean Cocteau dans l’histoire du cinéma mondial, à travers un ensemble d’œuvres, dessins, affiches, manuscrits et photographies, issus de la donation Severin Wunderman et d’une collection privée. L’exposition Le château de la Bêteest visible jusqu’au 16 novembre.
Au long d’un parcours animé de projections, de musique, d’extraits de films que Frédéric Beauclair, en collaboration avec Sandrine Faraut Ruelle, responsable du musée de Menton, ont fractionné en cinq séquences, se raconte l’histoire de ce tournage éprouvant porté sans faillir par toutes les personnes qui ont permis l’éclosion de ce film sur lequel le temps n’a pas de prise. Jean Cocteau artiste tous azimuts, écrivain, peintre, graphiste, dramaturge se vivait poète, en tout, avant tout. À 60 ans, 15 ans après le film surréaliste Le Sang d’un Poète, retour à la réalisation avec ce conte du 18e de Madame Leprince de Beaumont, parce qu’il « correspondait à sa mythologie personnelle« .
On se presse alors pour aller voir La Belle et La Bête, ciné-poème lent, hypnotique, démarré en 1945 sous l’Occupation, sorti en 1946 dans un après-guerre de pénurie. Prix Louis Delluc et 3,8 millions d’entrées. Le réalisme poétique entre au cinéma par la grande porte. Le public ignore qu’avant le succès, la Gaumont avait lâché le poète. Donc, décors improvisés, casse-tête des effets spéciaux. Mais aussi coupures de courant, intempéries, 5h de maquillage pour Jean Marais (La Bête), Cocteau malade de démangeaisons, hospitalisé… « Il était une fois » un marchand ruiné, toujours sur les routes pour nourrir ses enfants. Sa fille cadette Belle (Josette Day), lui demande une rose. L’homme se perd dans la nuit, se réveille dans le parc d’un château… Trouver le parc, le château. Il faut un décor naturel. Le manoir de Rochecorbon et le parc de Raray. La guerre a délabré Raray sous les herbes folles.
Cocteau avait rédigé un journal pendant le tournage : « J’ai voulu coûte que coûte faire surgir cette beauté accidentelle que j’aime. » Le père de Belle cueille la rose, la Bête apparait, terrifiante. Pour ce vol, le père doit mourir sauf si Belle prend sa place. « Les miroirs feraient bien de réfléchir un peu plus avant de renvoyer les images » dixit Cocteau.
Visiter Le Château de la Bête est une traversée du miroir. Derrière, se cache tout un jeu de références au film. Laissons au visiteur le plaisir d’une vraie découverte comme quand, en 1946, le public découvrait pour la première fois au cinéma La Belle et La Bête.
4 juil > 16 nov, Musée Jean Cocteau – Le Bastion, Menton. Rens: museecocteaumenton.fr
photo : vue de l’exposition « Le château de la Bête » © Ville de Menton