20 Juil Les échos de l’ordinaire
La vie des autres, le poids du monde au travers des secondes qui s’écoulent, c’est tout cela qui s’infuse sur la pellicule photographique de Bertien van Manen (1935-2024), dont le Centre de la photographie de Mougins accueille les travaux jusqu’au 4 octobre.
D’abord mannequin, Bertien van Manen, influencée par le livre Les Américains de Robert Frank, passe de l’autre côté de l’objectif au début des années 1970 pour céder sa place aux « invisibles », non pas pour les glorifier ou vers une quelconque démarche sociologique, mais seulement comme pour entrer dans une méditation sur la condition humaine. Avec humilité, sans s’attacher à un style particulier, ignorant la beauté ou la laideur, elle raconte la vie des gens les plus modestes. Et les nombreuses photographies qu’elles réalisera d’abord pour des commandes de magazines, avant d’opter pour un appareil de simple amateur, ne s’attachent à aucun format particulier. Les photos s’égrènent simplement au fil des jours comme si son existence révélait le miroir de celle d’autrui.
Pourtant l’œuvre bouleverse par cette attention portée sur un regard, sur des gestes tendus ou relâchés, la position inconfortable des corps ou leur affaissement. Et sur tous ces détails qu’on ne regarde plus, mais qui signent l’identité d’un être ou d’une communauté. Cet anonymat se charge alors de toute cette existence que les plus humbles, les plus démunis, les oubliés ne parviennent pas à exprimer au point d’oublier eux-mêmes la dignité de leur existence. Cependant la photographie elle-même semble porter cette parole. Elle s’émancipe des failles techniques, des flous ou des erreurs d’exposition, elle se revendique dans la modestie du regard, dans la fragilité et l’écoute de l’autre. Elle suit la variation des jours au hasard des rencontres et des voyages. Elle ne résume rien d’autre que l’instant où elle est produite. Elle est simplement humaine.
L’exposition dévoile par séquence comment, en Hollande, en Amérique, en Russie ou ailleurs, Bertien van Manen pénétrait la vie des gens, à pas feutrés, avec humilité, qu’il s’agisse de religieuses, de femmes travaillant dans les mines ou de simples anonymes. Et l’on comprend que la photographie ici, dans sa stricte neutralité, ne témoigne d’aucune psychologie et ne revendique rien. Elle témoigne simplement d’un destin.
4 juil > 4 oct, Centre de la photographie de Mougins. Rens: centrephotographiemougins.com
photo : © BERTIEN VAN MANEN Works, Lake Baïkal, Camping site, 1993, Série / From the series : Let’s sit down before we go, Courtesy of Stichting Bertien van Manen