Apparition solaire à Saorge

Apparition solaire à Saorge

Le Monastère de Saorge accueille actuellement Lux Aurea – Épiphanie franciscaine, œuvre monumentale créée à l’occasion des 800 ans de la mort de François d’Assise par de Georges Rousse, artiste majeur de la création contemporaine, tout à la fois peintre, photographe, plasticien et architecte.

Le dernier frère a quitté le Monastère de Saorge en 1988. Et depuis les années 80, Georges Rousse aime investir des lieux abandonnés, ou promis à la démolition, ou à la réhabilitation, pour y établir des œuvres picturales éphémères que seule la photographie permet de restituer. Alors pour rendre hommage à l’héritage franciscain de ce lieu inscrit dans le patrimoine religieux remarquable des vallées de la Roya et de la Bévéra, le Centre des monuments nationaux a invité l’artiste français – aidé pour l’occasion par six élèves de Terminale en spécialité Arts du lycée Guillaume Apollinaire de Nice, accueillis en résidence – qui, tel un illusionniste sculpteur de perspectives, construit des espaces imaginaires dans l’espace. Suivant le principe de l’anamorphose, son travail s’organise à partir d’un unique point de vue, celui de l’objectif photographique. 

Lux Aurea, lumière dorée. L’œuvre de Georges Rousse, qui avait déjà investi l’Abbaye de la Celle l’an passé, transforme ici l’espace en une spectaculaire apparition solaire, pour plonger le visiteur dans l’émerveillement et la méditation. Serait-ce l’auréole de Saint-François ? Nous sommes dans les anciens lavoirs souterrains du monument, ouverts pour la première fois au public. Un choix comme une évidence guidé aussi par la présence d’une source historique sur les hauteurs de Saorge, baptisée la Source des Frères, reliant ainsi l’or de sa peinture à l’eau, source de vie. L’intervention de l’artiste donne un nouvel éclat à cet espace utilitaire resté confidentiel pendant des siècles. Effet saisissant entre la délicatesse des feuilles de cuivre doré appliquées sur les murs, sols et voûtes de la pièce et la brutalité rustique des murs en pierres apparentes. La figure du soleil était centrale dans la pensée et les écrits de François d’Assise. Le monastère abrite une remarquable collection de neuf cadrans solaires datant des XVIIe et XVIIIe siècles, témoins du lien étroit entre lumière, temps et vie monastique. 

Georges Rousse, artiste nomade, traque patiemment à travers le monde des lieux en sursis. Il les convertit en espace pictural et y conçoit une œuvre éphémère unique, dont le seul témoignage de ce qui fut sera une photographie. À Saorge, la lente oxydation et détérioration naturelle de son œuvre seront photographiées et documentées jusqu’à sa disparition totale au fil du temps. Une démarche qui résonne intimement avec la philosophie franciscaine : célébrer la beauté du monde dans ce qu’il a de plus humble et de plus transitoire.

15 mai > 31 oct, Monastère de Saorge. Rens: menton-riviera-merveilles.fr

photo : Exposition Lux Aurea de Georges Rousse à Saorge © DR