20 Juil Vanessa Wagner, traversée minimaliste
« Nous avons voulu une programmation libre, ouverte, qui reflète la richesse et la diversité des sensibilités musicales d’aujourd’hui. » L’intention du directeur artistique du festival de Musique de Saint-Paul, Julien Kieffer, est, on ne peut plus respectée, au regard de cette 15e édition qui verra notamment Vanessa Wagner proposer un parcours musical retraçant la modernité américaine, au cœur de la Fondation Maeght, le 22 juillet.
Elle en a fait son domaine de prédilection : les compositeurs minimalistes, avec l’américain Philip Glass en figure de proue, sont devenus familiers de la pianiste française Vanessa Wagner, qui les explore depuis plus de 30 ans. Ils ont changé son rapport à la musique, affirme-t-elle, mais aussi sa manière de la transmettre au public, à travers des œuvres qui font une passerelle entre les XXe et XXIe siècles. Le cadre de la Fondation Maeght semble donc idéal pour accueillir ce répertoire à la fois exigeant et sensible, qui « parle à l’âme« .
Le lien entre Philip Glass et la France passe d’abord par Darius Milhaud, auprès duquel il étudie à Aspen, puis par la grande pédagogue Nadia Boulanger qui, par sa rigueur et sa connaissance approfondie des répertoires de Debussy et Ravel, influence l’écriture du jeune homme. Celui-ci ira également puiser à d’autres sources auprès du maître indien Ravi Shankar. De ces expériences formatrices naît une musique que Philip Glass déploie notamment dans ses célèbres Études. Répétitions et micro-variations sont au cœur de ces pièces d’une grande virtuosité, mais également, selon Vanessa Wagner, qui les connaît intimement, profondément poétiques et lyriques. « Il y a dans cette musique un espace de liberté laissé à l’interprète qui est très riche« , affirme celle qui vient de graver l’intégrale de ces Études.
À Saint-Paul-de-Vence, elle inscrira trois d’entre elle, ainsi que la Sonate pour piano de ce même Glass dans une continuité qui remonte à George Gershwin et ses Trois Préludes, mais aussi au pionnier John Cage, ou encore à l’aventurière Meredith Monk. Un moment hors du temps, hypnotique, une expérience intense et exigeante durant laquelle se bousculent émotions et sensations parfois contradictoires, dans un paysage musical qui magnifie une Amérique idéalisée, traversée d’Est en Ouest.
Sept autres rendez-vous sont attendus du 20 au 29 juillet à Saint-Paul. Après une ouverture avec Philippe Jaroussky, le Quatuor Modigliani rejoindra Edgar Moreau, Benjamin Grosvenor explorera Beethoven, Schumann, Scriabine et Chopin, tandis que Christian Tetzlaff et Kiveli Dörken refermeront le festival. Côté jazz, le petit prince du saxophone Émile Parisien dialoguera avec Yaron Herman, Linda May Han Oh et Prabhu Edouard, avant un hommage de Marion Rampal à l’immense chanteuse-compositrice noire américaine, Abbey Lincoln. Puis, à la Fondation CAB, Louise Charbonnel jettera une passerelle entre pop, classique et jazz, comme pour mieux insister sur la liberté d’un festival cohérent avec une époque complexe où la mixité est sans doute la clé de tout.
20 > 29 juil, Place de la Courtine, Fondation Maeght, Fondation CAB, Saint-Paul de Vence. Rens: festivalsaintpauldevence.com
photo : Vanessa Wagner ©Lyodho Kaneko