20 Juil Saint Jazz Cap Ferrat, d’une rive à l’autre
Dans le beau Jardin de la Paix – dont le nom fait, hélas, frémir aujourd’hui, tant il évoque le déni et la cécité –, le festival Saint Jazz Cap Ferrat propose cette année un voyage très contrasté aux confins multiples du jazz : la France, l’outre-mer et ses diasporas, mais aussi quelques réminiscences d’Arménie et d’Inde grâce au pianiste André Manoukian et au joueur de tablas Mosin Kawa.
La scène française, donc, représentée par une nouvelle voix, puis par l’un de ses grands anciens. C’est en effet le grand Henri Texier qui clôturera le festival avec son Essential Quartet. Ce contrebassiste, sage lyrique et indépendant, commence à jouer dans les années 1960, d’abord avec de nombreux Américains de passage, puis avec les musiciens installés en France, traversant ainsi une large part de l’histoire de la musique improvisée. Très tôt, il se met à composer des pièces variées qui toutes portent sa patte : une beauté légèrement obsédante, ancrée dans le grave de son instrument, comme un grain de voix que l’on reconnaît dès le premier mot. Depuis longtemps, il est fidèle à quelques musiciens qui se sont imprégnés de ce climat, comme son fils Sébastien Texier, aux saxophones et clarinettes, le guitariste Manu Codjia et le batteur Gautier Garrigue. C’est en leur compagnie qu’il présentera un florilège de ses créations.
La veille, on aura pu entendre la chanteuse Cécile Brocas. Sa voix est juste, son phrasé mêle goût et désinvolture, tandis que sa présence scénique lui permet de faire swinguer, comme on l’attend, un répertoire que chacun peut fredonner. Elle est entourée d’un orchestre remarquable, qui connaît les codes du genre : introductions sur mesure servant de tremplin à la chanteuse, solos généreux, joutes dialoguées entre les instruments… Une mémoire du jazz est là !
Le reste de la programmation porte davantage l’accent des îles. Abraham Réunion est un bel orchestre familial. Élevés dans l’Hexagone mais baignés dans les traditions guadeloupéennes, Cynthia, Clélya et Zacharie Abraham chantent et jouent (piano, contrebasse, percussions), portés par leurs voix claires et leurs lignes chaloupées.
ALA.NI, Londonienne d’origine grenadienne qui a vécu en Jamaïque, possède également une voix singulière : sensuelle, glissant d’une note à l’autre et d’un registre à l’autre, tantôt très pure, tantôt légèrement voilée, elle installe le trouble dès la première note.
Quant à Alfredo Rodriguez, c’est l’un des plus rutilants exemples du piano afro-cubain. Sa virtuosité est confondante, comme on en a l’habitude avec les musiciens de l’île, et sur des mélodies familières réinventées, on retrouve ces syncopes, ces déhanchements et ces suspensions rythmiques qui invitent à une transpiration heureuse !
6 > 8 aou, Jardin de la Paix, Saint-Jean-Cap-Ferrat. Rens: FB saintjazzcapferrat
photo : Saint Jazz Cap Ferrat, édition 2025 © DR