20 Juil La Garde : L’Escale prend le large
Après une ouverture couronnée de succès à l’automne 2025, le Théâtre L’Escale à La Garde s’apprête à vivre sa première saison complète en 2026-2027, avec une programmation ambitieuse, exigeante et accessible, forte de 26 spectacles.
Transmission et projets de territoire
Pour ouvrir cette nouvelle saison, L’Escale a fait le choix de la proximité et de la fidélité en mettant à l’honneur sa compagnie en résidence, Le Cabinet de Curiosités. Les 25 et 26 septembre, le public pourra découvrir Le Système Ribadier de Georges Feydeau, dans une mise en scène de Guillaume Cantillon. Cette farce piquante qui convoque des personnages déployant des trésors de mensonge et d’absence de scrupules, et où l’hypnose sert de paravent aux infidélités, est le vaudeville parfait commencer, en faisant rire du pire.
De nouveau mis à l’honneur lors du festival Régions en Scène, organisé par le Cercle de Midi, fédération régionale du réseau national Chaînon, Le Cabinet de Curiosités présentera Mort le Soleil, un thriller théâtral écrit par Gwendoline Soublin qui explore les dérives de la radicalisation masculiniste et la mécanique qui peut transformer un homme sans histoire en monstre froid.
L’éducation artistique et la formation des spectateurs – et citoyens – de demain constituant un axe majeur de l’identité de L’Escale, ce rôle de transmission se matérialisera avec la pièce Qu’il fait beau, cela vous suffit de la Cie Les Entiché·e·s. Une plongée au cœur des fragilités du monde scolaire où des élèves de la section théâtre du Lycée du Coudon seront invités à répéter aux côtés des comédiens professionnels, sous la direction de Charles Dunnet et Julie Macqueron, avant de monter sur scène.
Complicités musicales et spectacles partagés
Le soutien à la création locale se déploiera aussi à travers le spectacle Chienne de vie, imaginé par Stéphane Bault. Diagnostiqué parkinsonien à 50 ans, le comédien, marionnettiste et intervenant artistique en lycée a transformé l’épreuve en dialogue poétique avec une chienne-marionnette insolente et salutaire animée par la comédienne Pauline Lasquelec. Coproduit par L’Autre Compagnie et Le Cabinet de Curiosités, en partenariat avec Le PÔLE – Arts en circulation, basé au Revest-les-Eaux, le spectacle préfère l’autodérision et la résilience à la plainte.
La force de L’Escale réside donc, en partie, dans sa capacité à tisser des liens étroits avec les acteurs culturels du territoire. A ce titre, la collaboration avec la scène de musiques actuelles départementale Tandem permettra d’accueillir des artistes comme la chanteuse Emily Loizeau, seule au piano pour les 20 ans de L’Autre Bout du monde, le groupe de soul-funk Malted Milk, et Tété, auteur de l’iconique morceau À la faveur de l’automne, avec son projet Une semaine sur deux, concert intime doublé d’un geste solidaire en faveur des mères isolées.
Autre partenariat, celui avec le Festival International des Musiques d’Écran (FIMé), lors duquel le pianiste et improvisateur virtuose Jean-François Zygel livrera un ciné-concert autour des premiers chefs-d’œuvre d’animation de Walt Disney. Les amateurs de curiosités musicales seraient bien intentionnés de noter aussi ce rendez-vous avec la pianiste et directrice artistique Florence Schaaff, qui proposera une création originale intitulée Nietzsche philosophe évidemment, et compositeur ? Assurément ! Un concert permettant de découvrir une facette méconnue du célèbre philosophe du XIXe siècle, compositeur prolifique de pas moins de 74 œuvres !
Une scène à la hauteur de ses ambitions
Grâce à ses équipements modernes et adaptés, L’Escale est aujourd’hui en capacité d’accueillir des productions d’envergure nationale et internationale qui ne pouvaient pas être présentées auparavant sur la commune, à l’instar de Nature Morte, dernière création du Cirque Le Roux, expérience visuelle et acrobatique sensible.
Parmi les autres grands noms attendus, la comédienne Ariane Ascaride présentera son seule-en-scène Touchée par les fées. Sur un texte de Marie Desplechin mis en scène par Thierry Thieû Niang, la comédienne raconte sa vie, ses combats et ses souvenirs d’enfance. Le chorégraphe Hervé Koubi proposera pour sa part Ce que le jour doit à la nuit, une fresque physique et hypnotique portée par 13 danseurs virtuoses, mêlant capoeira, arts martiaux et danse contemporaine. Sans oublier Philippe Torreton dans La Folle Journée ou le Mariage de Figaro, ou Anne Roumanoff avec son spectacle Âge libre.
Bref, une programmation ouverte à tous les publics ! Même aux plus jeunes, qui devraient apprécier Secrets de Beatmakers concert-atelier du groupe Photøgraph, ou encore le Casse-Noisette chorégraphié par Blanca Li, laquelle s’amuse à raccorder Tchaïkovski au hip-hop, histoire de se faire une sortie en famille, pépouze.
L’identité au cœur des débats
Terminons sur l’un des temps forts de la vie culturelle gardéenne : le Salon Ph’Art, qui fait dialoguer art et philosophie, abordera cet automne la thématique de l’Identité, avec forces expositions, rencontres et conférences.
S’associant à cette réflexion, L’Escale alignera trois propositions : la Cie Kynlaus présentera Viriles à la Maison Gérard Philipe, un spectacle de danse brute et poétique où cinq interprètes explorent les stéréotypes de genre et la déconstruction de la masculinité, tandis que l’humoriste Jessé adressera au public un Message personnel, confession sincère et caustique sur l’acceptation de soi.
Moment très attendu, le théâtre accueillera également Passeport, dernière création d’Alexis Michalik interrogeant l’exil et la solidarité, et qui retrace le parcours romanesque et humain d’Issa, un jeune Érythréen atteint d’amnésie dans la jungle de Calais. En programmant cette œuvre censurée dans de nombreuses villes aujourd’hui dirigées par le RN, l’équipe de L’Escale affirme son désir d’une programmation fédératrice, ouverte sur le monde et propice au développement de l’esprit critique. Si l’équipe du théâtre ne revendique pas un acte politique, cette décision souligne l’engagement humaniste d’une ville qui a su résister aux sirènes du repli sur soi. Et par les temps qui courent, ça fait du bien !
Rens: theatrelescale.fr
photo : Passeport ©Alejandro Guerrero