Ulrika Byttner : l’art de décloisonner la Villa Arson

Ulrika Byttner : l’art de décloisonner la Villa Arson

Parcours panoramique, fibre sociale et pragmatisme nordique : fraîchement nommée à la tête de la célèbre institution niçoise, cette ancienne artiste et ex-coprésidente de l’Association nationale des écoles supérieures d’art et design (ANdÉA), entend reconnecter l’école-musée de la Villa Arson à sa ville et aux réalités de son temps. Rencontre avec une dirigeante qui refuse l’art en vase clos.

Sur la Côte d’Azur, la Villa Arson a parfois des airs de citadelle de béton, juchée sur sa colline, un brin calfeutrée derrière ses terrasses modernistes et ses certitudes conceptuelles. Mais l’arrivée, en janvier dernier, d’Ulrika Byttner à sa direction pourrait bien fissurer le « white cube » et faire souffler un vent de fraîcheur salutaire.

Le profil de cette Suédoise d’origine détonne par sa richesse. Dans un milieu culturel habitué aux purs administrateurs ou aux théoriciens de salon, Ulrika Byttner possède un immense avantage : elle a presque tout fait. « Étudiante, artiste, enseignante, puis directrice… J’ai une vision panoramique de l’enseignement supérieur d’art en France« , confie-t-elle avec le calme pragmatique qui la caractérise. Ajoutez à cela des études initiales en sciences politiques et en littérature à Göteborg, et vous obtenez une capitaine d’institution parfaitement armée pour affronter les tempêtes contemporaines. « La question qui m’intéresse avec l’enseignement artistique, c’est de penser cette question comme une action de transformation de la société. »

L’art hors de sa bulle

De son passé d’artiste plasticienne – on a pu voir ses dessins et animations teintés d’absurde à Paris ou au CRAC de Montbéliard –, elle garde une compréhension fine du quotidien des créateurs. Et surtout, un refus net de la figure romantique et surannée de « l’auteur solitaire ». Pour elle, l’art de 2026 doit être socialement engagé et ancré dans le réel.

À Nice, son grand chantier sera d’abord celui de la reconnexion locale. « Des fois, la Villa a paru un petit peu loin, un petit peu retranchée« , admet-elle franchement. Pour réduire cette distance, la directrice a déjà entamé des discussions avec la Ville de Nice afin d’accentuer la présence de la Villa Arson au 109, pôle de cultures contemporaines installé dans les anciens abattoirs. L’idée ? Sortir des espaces consacrés pour aller au contact direct des publics et des dynamiques du territoire.

Le sens des réalités et du partenariat

Sous la douceur du dialogue pointe presque une urgence économique. Ancienne coprésidente de l’ANdÉA, l’Association nationale des écoles supérieures d’art, Ulrika Byttner connaît par cœur les budgets exsangues des écoles d’art publiques. Face à la pénurie, sa réponse est claire et tient en un mot : le partenariat. « Aujourd’hui, il faut se rendre à l’évidence : les moyens manquent. On est obligé de s’entraider, d’être plus forts ensembles. On ne peut plus faire autrement« , martèle-t-elle.

Cette lucidité se décline également dans son approche de la pédagogie. À l’heure où l’insertion des jeunes diplômés constitue un défi majeur, elle refuse de vendre du rêve aux étudiants : « Statistiquement, assez peu de personnes vont vivre exclusivement de leur activité d’artiste. La réalité, c’est la pluriactivité. » Son objectif est donc d’ouvrir l’école à des compétences transversales et à des partenaires territoriaux pour armer les étudiants face au monde du travail, sans pour autant trahir l’exigence d’un établissement pleinement intégré à Université Côte d’Azur.

Cap sur l’Asie… et la Scandinavie

Pour autant, pas question de réduire la Villa Arson à un laboratoire local. L’ambition internationale demeure le cœur du réacteur de cette institution unique, qui mêle école, centre d’art et résidences d’artistes. Si le réseau européen consacré à la céramique, auquel participe la Villa depuis près de 20 ans, reste solide, la nouvelle directrice lorgne déjà vers d’autres horizons, notamment l’Asie du Sud-Est et le nord de l’Europe.

Clin d’œil du destin ou ironie géographique, la nouvelle directrice a découvert l’importante communauté suédoise installée sur la Riviera. Elle s’amuse d’ailleurs de savoir que, chaque 13 décembre, la Villa Arson accueille la procession de la Sainte-Lucie : « Je trouve ça assez drôle ! » Une touche de folklore nordique sous le soleil azuréen, pourquoi pas. Mais ne vous y trompez pas : derrière le sourire, Ulrika Byttner est là pour faire bouger les lignes. Et c’est exactement ce dont la Villa Arson avait besoin.

Rens: villa-arson.org

photo : Ulrika Byttner – Directrice Villa Arson © DR

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