La puissance du pinceau

La puissance du pinceau

Dans les années 60, tandis que l’abstraction domine la production artistique par son lyrisme ou sa rigueur géométrique, les artistes de la Figuration Narrative réintroduisent la figure et le récit au cœur de la peinture. Au-delà d’une simple rétrospective, les Regards actuels sur ce mouvement, au Centre d’Art La Falaise à Cotignac, nous permettent de penser aujourd’hui cette histoire qui ne cesse désormais de nous hanter.

Valerio Adami, Gérard Fromanger, Eduardo Arroyo, Hervé Télémaque… Dix-huit artistes sont présentés à travers des œuvres importantes qui, à l’instar du Pop art durant la même période, adoptent les codes de la culture populaire. Mais, ici, plutôt que de se plier à elle dans une esthétique des médias de masse et de la consommation, les peintres de la Figuration narrative se transforment en témoins actifs : montrer pour interroger, exposer pour déjouer… 

La toile cesse d’illustrer une histoire déjà faite, elle juxtapose les situations, déconstruit le quotidien à partir d’aplats chromatiques, de contours nets, de cadrages inédits et d’objets qui se répondent, parfois se contredisent, et toujours nous invitent à recomposer le sens. Sa force tient à son apparente simplicité – lisibilité des formes, clarté de la composition, autorité de la couleur. Pourtant cette sobriété masque la complexité narrative des œuvres quand celles-ci jouent de plans superposés, de temporalités disjointes ou de hors-champs implicites… 

Chacun apporte son style comme sa marque de fabrique. Peter Klasen réduit le plus souvent la toile à un fragment photographique et à une froide signalétique. Jacques Monory nous entraîne dans une nuit bleue comme dans un film où le rêve se joue de l’amour ou de la violence. Les corps colorés des fantômes quotidiens errent dans un monde sans âme. 

À la marge de l’hyperréalisme, Bernard Rancillac ou Gérard Schlosser jouent sur des gros plans de corps morcelés… Toujours il s’agira, avec ironie et distanciation, de dénoncer les représentations collectives tout en exhibant leurs mécanismes quand l’image devient icône, comment la répétition use le sens. 

Cette exposition nous permet de comprendre que la Figuration narrative ne se réduit pas à cette période des Trente Glorieuses. Son esprit irrigue aujourd’hui des pratiques qui scrutent les flux d’images contemporains issus du monde publicitaire ou des réseaux sociaux. Face à la saturation visuelle d’un monde artificiel, la peinture nous oblige à penser, à refaire le monde, à traverser les frontières du visible.

4 juil > 19 sep 2026, Centre d’Art La Falaise, Cotignac. Rens: centredartlafalaise.com

photo : Jacques Monory, Tableau à Vendre n°3, 1976, Huile sur toile, 92 x 65 cm © Adagp, Paris, 2025 © Jérôme Combe / AfA Production