Post-amour ?

Post-amour ?

Galin Stoev met en scène La Double Inconstance de Marivaux, maître incontesté des égarements amoureux, au Théâtre National de Nice.

Le schéma de départ est simple : un carré amoureux. D’un côté, nous avons deux maîtres, de l’autre, deux servants. Silvia et Arlequin s’aiment. Mais le Prince aime aussi Silvia, et ce que Prince veut… Il va donc tisser une (riche) toile autour d’elle, laissant Arlequin glisser dans les pattes de Flaminia, sa complice, tandis que Silvia devient sienne, peu à peu… Sans heurts, on détricote et l’on réécrit l’histoire… On parle souvent de la légèreté de Marivaux, mais il y a du Choderlos de Laclos et du Marquis de Sade dans cette Double Inconstance. Car si la violence physique est absente, la violence impalpable de la “fracture sociale”, si vertigineuse en ce XVIIIe siècle, est bien là.

L’auteur, joueur, place au centre de la pièce un élément pur : l’idylle des modestes Arlequin et Silvia, telle une fragile colombe. Et puis lâche les chats. Est-ce que le puissant peut tout ? Est-ce que, surtout, le puissant se nourrit de l’innocence des inférieurs pour se sentir vivant, comme un félin goûte le sang de ses proies ? Galin Stoev a bien compris d’une part l’aspect “jouets” des protagonistes, aux mains de Marivaux, qui virevoltent comme s’ils étaient piégés dans une boîte par des enfants scrutateurs. Cage de verre, vidéo-surveillance, tout est là dans la mise en scène pour accentuer le côté voyeuriste du spectacle. Il a bien compris aussi, d’un autre côté, la complexité marivaudienne. Car s’il l’on voulait un happy end de conte de fées, on en est pour ses frais.

Pour autant, les quatre comparses terminent la pièce dans la félicité… Il n’y a pas de bien ou de mal ici, mais une infinité de nuances qui s’épanouissent, tandis que chacun révèle son coeur dans ses mensonges, ou se cache derrière des vérités toutes faites. Et c’est à la lumière de la post-vérité (prisme de vérités fractionnées par la subjectivité et l’émotion), concept qui lui est cher, que le dramaturge bulgare vous invite à vous mêler au ballet, dans un Marivaux post-moderne et incisif.

4 au 6 nov 20h, Théâtre National de Nice. Rens: tnn.fr

(photo © Marie Liebig)