Artistiquement vôtre !

Artistiquement vôtre !

L’Artistique, où la Collection Donation de Jean Ferrero a trouvé un écrin à sa mesure, est devenu un lieu d’exposition, de conférence, de projection et de performance. Il était donc logique que Patrick Moya, artiste atypique niçois, poulain de la Galerie Ferrero de 1996 à 2003, y soit exposé. La Télé de Moya est à découvrir en ligne sur Second Life, et à L’Artistique “en vrai”, on l’espère pour bientôt…

L’exposition présente des dessins, peintures et photographies souvent inspirés du chamanisme, premières recherches de l’artiste dans son désir de devenir une “créature”, un “télé-artistequi vivrait dans le petit écran. Alors qu’il est étudiant à la Villa Arson (1974-1977), Moya imagine les fondements de son œuvre à venir. “J’ai beaucoup écrit et théorisé sur l’avenir de l’art confronté à la diffusion de l’image en direct ; ces textes de jeunesse, dont je remplissais un gros cahier noir, sont parfois naïfs et excessifs, mais ils ont pourtant forgé l’ensemble de mon travail actuel.” Nous sommes au milieu des années 70 et ses professeurs ne sont pas convaincus que la vidéo puisse être un moyen d’expression artistique. Il concevra même un grand nombre de projets d’émissions. “Avec la télévision, la transmission instantanée de l’information annule distance, temps et espace, elle supprime l’idée d’élite intellectuelle et appelle un art populaire compréhensible par tous.” Ses réflexions l’amènent à inventer une signalétique autour du thème des ondes hertziennes associées associés à 4 couleurs : le jaune pour l’Art, le message ; le bleu pour la création ; le rouge pour l’énergie, la technique ; et le vert pour le spectateur. Par la suite, Moya associera les 4 lettres de son nom à ces 4 couleurs, code qu’il utilise toujours aujourd’hui…

Dans les années 90, il est très actif et devient le stratège du collectif Verbes d’Etats qui produit des expositions, des performances de rue et autres action-painting avec certains précurseurs du Street Art comme Speedy Graphito, Jérôme Ménager, Patric Pinon ou Raphael Gray, mais aussi des peintres niçois comme Migliore, Pastorelli, Chaix, Boccarossa… Il organisera avec Verbes d’Etats une série d’expositions sur le Néo-lettrismes lors de la dernière édition de Attention Peinture Fraîche ! Ce cycle rendit célèbre la “figuration libre”, ceci en hommage aux lettristes et pour “chambrer” les usurpateurs du mouvement comme Roland Sabatier grâce au terme “néo” aussi galvaudé qu’ironique… Pour cette exposition, Didier Bœuf, Joël Duccoroy et Paul Devautour ainsi que Moya auront droit chacun à une exposition monographique, toutes introduites par une exposition générique exceptionnelle. Le cinéaste Peter Greenaway s’y joindra, tout comme le musicien et metteur en scène Karl Biscuit. De cette période restent nombre de performances que Moya a imaginées avec Verbes d’États comme Cagnes sur Klein ou la célèbre Carte Blanche à Verbes d’États dans la Galerie de la Marine à Nice, où stylisme, musique, peinture et performances changeront l’approche du site par le grand public. Moya y tient souvent le rôle du maître de cérémonie et dénonce ironiquement les “oblitérateurs”, Patrick préférant directement écrire son nom en optant pour les styles de grands artistes connus, plutôt que de faire toujours la même chose pour “oblitérer” sans signer…

Avec La Télé de Moya, L’Artistique inaugure une nouvelle sorte d’exposition : la Télé-exposition. Présente sur le web, le monde entier pourra la visiter virtuellement et y rencontrer l’artiste, ou du moins son avatar. Depuis 2007, Patrick Moya a investi le monde virtuel de Second Life en créant son Moya Land, une “petite dictature de l’art” de 260 000 m2 dont il est le maitre absolu et qui lui permet enfin de vivre dans son œuvre. “Le web m’a permis de faire apparaitre et de diffuser des parcelles de mon travail, qui avaient été pensées en prévision d’un réseau qu’on pouvait pressentir bien avant internet… J’ai préparé mon travail en fonction de ce rêve d’un village global où l’art lui-même pourrait être global : un art chamanique émanant de l’artiste, sans limites, sans hiérarchie, telle une auto-civilisation.” Moya profite de cet environnement virtuel pour réactiver ses projets d’émissions de télé (avec décors et participants) restés jusqu’à présent à l’état de dessins et présentés dans l’exposition. Le spectateur pourra accéder à cet espace en pénétrant par le fond de la scène de “L’Artistique virtuel”. Cette installation fera l’objet d’un film projeté dans la salle réelle de L’Artistique durant l’exposition.

N’oublions pas sa passion pour le Carnaval sur lequel il travailla une nouvelle fois avec Verbes d’États pour Parade en hommage à Satie, Picabia et Picasso, mais aussi avec L’Avant Spectacle ce qui permit à plus de 400 jeunes de défiler lors des corsi sous la direction de chorégraphes comme Mourad Merzouki. Tout en proposant un spectacle exceptionnel sur la musique des électroacousticiens du groupe What’s (Henri Manini, Martin Chevalier…), ils rendirent au Carnaval son côté populaire et participatif. Depuis 1994, pour le Carnaval Roi des Arts, Moya participe au carnaval en créant ou dessinant des grosses têtes et des chars, ou en tant que directeur artistique. En 2010, il invente un carnaval virtuel qui réunit des internautes des cinq continents. Tous défilent dans une parade virtuelle sur une reproduction 3D de la place Masséna sur Second Life. Il a toujours été en avance, faisant passer certains “potentats” de l’Art contemporain pour des ringards qui s’ignorent. L’avant-garde est une attitude, elle dérange toujours. C’est justice d’en célébrer un franc-tireur solitaire comme Patrick Moya.

Jusqu’au 23 mars sur secondlife.com (et qui sait, un jour peut-être à L’Artistique, Nice). Rens: nice.fr

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