Bientôt le printemps ?

Bientôt le printemps ?

Malgré toutes les incertitudes du moment, et en espérant pouvoir rouvrir rapidement, le Théâtre de Grasse vous a mitonné une 2e partie de saison aux petits oignons ! Celle-ci aurait du s’étendre sur l’année 2021, de janvier à juin. De quoi éclore après une interminable hibernation et nous ouvrir à des expériences hautement sensorielle (mais attendons de voir ce que le Gouvernement nous réserve encore)… Fidèle à sa pluralité, Grasse propose autant de danse, de musique, de one-men shows que de théâtre. Le tout venu d’ici, ou des confins du monde, parce que l’on aime accueillir des artistes de tous horizons géographiques ou stylistiques.

Pour le théâtre, au début fut le verbe, mais pour la danse, au début fut le rythme. Si Fouad Boussouf s’inspire des rythmiques Nord-Africaines de son enfance, son énergique Näss (Les gens) pourrait être une transe amérindienne, perse, africaine… Avec d’autres couleurs bien entendu. Mais sa transe portée par les tambours est bel et bien un souffle universel venu de cette zone entre les mondes où les “gens”, les Hommes, ne font qu’un. Ce show fait partie d’un temps fort Danse hip-hop qui accueillera 3 autres spectacles début avril… Autre sorcier du rythme, Andrès Marin revient à Grasse délivrer son flamenco incisif et sans compromis. Inspiré par les toiles de Picasso, son compatriote flamboyant, le maître des compás nous entraîne dans son Jardin Impuro obscur et sensuel. La danseuse star Kaori Ito nous narre quant à elle son histoire sans paroles, sobrement intitulée Je danse parce que je me méfie des mots. Tout est dit… Se transformant en conteuse, elle retrace sa relation complexe et intime avec son père, le célèbre sculpteur Hiroshi Ito (qui se prête au jeu sur scène), perdu de vue durant dix ans, puis retrouvé… La filiation, les questionnements, l’amour, tout ce que la pudeur empêche de nommer transcendent père et fille lorsqu’ils entament leur pas de deux.

Côté chanson, ce printemps s’éclaire de la visite de Karen Ann et d’Olivia Ruiz, artistes inspirées et inspirantes. La première, Keren Ann, tout en humilité, aime mettre en lumière les autres. De Henri Salvador à Jane Birkin, ou Iggy Pop, nombreux sont ceux qui ont chanté ses compositions, bien qu’elle ait aussi signé huit albums solo. Aujourd’hui, c’est accompagnée du Quatuor Debussy qu’elle revisite avec délicatesse son répertoire. La seconde, Olivia Ruiz, remonte à ses sources ibériques. C’est bien naturel somme toute, tant on sent le feu espagnol, voire un peu gitan, irradier la Femme chocolat depuis ses débuts… Dans une proposition intimiste, elle tire le fil d’Ariane du passé, de l’exil et de l’âme de ses ancêtres. Mêlant les classiques et ses opus (J’traine des pieds…) – qui se répondent à merveille – Olivia s’approprie Porque te vas, Piensa en mi, Anda jaleo, Malaguena salerosa

Côté théâtre, un joli moment très personnel vous attend également, au son des sonates de Chopin. Pierre-Emmanuel Schmitt évoque son inflexible et inoubliable professeure de piano, tout entière vouée au divin compositeur. Dans Madame Pylinska et le secret de Chopin, le comédien-dramaturge joue tous les rôles, sur une partition où cohabitent toutes les tonalités : le rire, la mélancolie, et surtout le souvenir… C’est un voyage en Amnésie, décidément, que cette saison théâtrale. Pierre-Emmanuel sera accompagné au piano par le virtuose Nicolas Stavy, lauréat du… Prix Chopin, de Varsovie. Cela ne s’invente pas ! En bref, parmi les adaptations théâtrales prometteuses, Anna Mouglalis incarnera Mademoiselle Julie de Strindberg. Soit une tragédie grinçante, que l’on dit souvent “naturaliste”, en en tout cas follement novatrice de par ses dimensions sociale et passionnelle entremêlées, et qui se déroule en un seul soir, celui de la St Jean… Nuit poisseuse qui suffira à l’héroïne pour se consumer jusqu’aux cendres, comme les bûchers du solstice, et rôle fatal qui va comme un gant à Anna, à la voix de basse. Autre temps fort, Harvey arrive enfin en France. Œuvre culte outre Atlantique, comédie désopilante et douce-amère, la pièce méconnue par chez nous brûla les planches de Broadway et valut à Mary Chase le prix Pulitzer. Qui est Harvey ? C’est un lapin blanc de deux mètres, ami imaginaire d’Elwood (Jacques Gamblin, parfait). Hélas, de telles amitiés ne font pas bon ménage avec un entourage qui a bien trop peur de la différence pour être honnête. C’est le genre de création atypique qui oppose vérité et réalité, comme le firent en leur temps celles de Cervantès ou un d’un certain Lewis Carroll. Alors, n’hésitez plus, et laissez-vous choir dans le terrier du lapin, pour l’un de ces spectacles, ou bien d’autres. Vous en sortirez forcément… grandi.

Rens: theatredegrasse.com

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