Artem Effects, un kick de culture

Artem Effects, un kick de culture

Un nouveau projet artistique et culturel a pris ses quartiers à Saint-Raphaël en ce mois de février 2021. Fruit d’une collaboration entre l’association Artem 83 et le label Jarring Effects, Artem Effects s’installe pour au moins 4 ans dans la cité azuréenne et bouscule notre manière de concevoir la Culture.

Il y a des périodes comme ça qui te foutent le bourdon… L’année 2020 fait partie de celles-là. Un virus débarque, met la vie culturelle sans dessus dessous, le Gouvernement fait n’importe quoi, et nous, publics et acteurs de la culture, on trinque. Plus de spectacles, de concerts, d’exposition à se mettre sous la dent… On évolue peu à peu vers une société où les notions même de plaisir, d’échange (physique, j’entends) et surtout de culture, au sens large du terme, sont remises en question.

Heureusement, certains acteurs de ce secteur culturel entendent bien ne pas se laisser enfermer dans un cadre que certains de nos dirigeants semblent vouloir maintenir pour je ne sais quel(s) motif(s). Et pourtant, en ce vendredi 12 février, jour de la conférence de presse de lancement de la première édition d’Artem Effects, le temps n’était pas à la réjouissance… C’est sous une pluie battante que nous nous rendons à l’Espace Félix Martin, qui a accueilli durant une semaine Antoine Colonna, alias Schvédranne, artiste évoluant dans la galaxie Jarring Effects (JFX). Mais, pas superstitieux pour un sou, c’est avec curiosité et entrain que nous nous préparons à découvrir ce nouveau projet qui fait l’objet d’une convention signée avec la Ville de Saint-Raphaël.

L’association Artem 83, installée au 23 rue du Safranié, quartier des arts de la cité balnéaire varoise où se déroulent depuis des années les fameuses Rencontres artistiques du Safranié, est l’un des deux acteurs à l’origine du projet. Présidée par Emmanuelle Picq-Charvet et Anna Franceschini, cette structure a pour objet de créer des liens de partage et d’échanges en soutenant la création, grâce à une programmation artistique et culturelle (résidences, workshops, concerts, enseignements artistiques, le MUR…) qui s’étend sur tout le territoire.

L’autre initiateur est le label lyonnais Jarring Effects, œuvrant depuis 25 ans dans l’audio-activisme. Un quart de siècle marqué par un développement à 360° (production, diffusion et booking d’œuvres musicales au travers de ses différentes entités, mais aussi studio d’enregistrement, et depuis 2013, réalisation de films documentaires) qui l’amène aujourd’hui à imaginer des partenariats tels qu’Artem Effects. « La diversité à la fois artistique et culturelle de Jarring Effects, on essaie de la répandre, de la disséminer, de l’infuser un peu de partout. C’est un état d’esprit, un savoir-faire (…) On est très content d’être à Saint-Raphaël pour pratiquer cet échange d’expérience et collaborer avec Artem 83. On va s’enrichir les uns les autres, et aussi s’occuper de notre jeunesse », indique David Morel, alias Monsieur MO, label manager de Jarring Effects.

Mais alors, c’est quoi Artem Effects ?

Artem Effects va proposer tous les deux mois, une semaine de résidence avec un artiste de la galaxie JFX, autour duquel s’articuleront de nombreux rendez-vous : concerts, conférences et projections de documentaires ouverts à tous, formations gratuites à destination des jeunes et, à l’issue d’un premier cycle de deux ans, un festival décarboné, articulé dans différents lieux et espaces publics de la ville ! Voilà en quelques mots le programme de ce projet bicéphale appelé à s’inscrire durablement dans le paysage culturel raphaëlois.

Ce programme s’ancrant dans une réalité culturelle qu’il s’agit aujourd’hui de réinventer — la crise du Covid nous l’a démontré — a notamment pour but de faire rayonner la ville de Saint-Raphaël en l’imposant comme un pôle de création, de médiation et de transmission incontournable dans les domaines des musiques actuelles et des arts numériques.

Et pour ce faire, la mutualisation des compétences, des idées et des moyens fait sens : les deux acteurs majeurs du projet ont donc fait appel à plusieurs partenaires comme l’agence artistique SPRWD Agency et l’organisme de formation E.M.I.L. (qui font partie de la galaxie JFX), le cinéma Le Lido à Saint-Raphaël, dirigé par Jean-Marie Charvet, le sonorisateur LU Sound, basé à Saint-Paul de Vence, le spécialiste en énergie photovoltaïque Mobivolts, originaire de Séranon, et Music Declares Emergency France, organisme regroupant des artistes, des professionnels de la musique et des organisations qui croient « au pouvoir de la musique pour incarner, mais aussi soutenir la transformation culturelle nécessaire à un avenir durable », peut-on lire sur leur site.

Dimension écologique et pédagogique

Cette dimension écologique est un élément central du projet. Le concert de clôture de résidence de Schvédranne, prochainement diffusé sur le web (faute de pouvoir accueillir du public pour l’instant), a d’ailleurs été totalement produit grâce à un générateur solaire mobile installé sur l’Esplanade Bonaparte. Il en sera de même pour le festival qui doit voir le jour à l’été 2022 ; l’objectif étant de s’appuyer sur les ressources renouvelables, l’énergie solaire, la revalorisation des déchets, le zéro plastique et un bilan carbone compensé. Artem Effects souhaite faire de son festival une référence sur le plan européen, voire mondial, estimant que la Culture peut et doit être un « moteur à solutions, indique Anna Franceschini, vice-présidente d’Artem 83. Le monde du spectacle consomme beaucoup d’énergie ! On aimerait montrer qu’on peut réduire l’impact écologique du monde du spectacle, en formant la jeunesse et nous-même, et en incitant les artistes à signer la charte Music Declares Emergency. » À terme, Artem Effects espère intégrer le programme européen Interreg MED qui soutient des projets développant des concepts innovants pour une croissance durable.

Il devient aujourd’hui de plus en plus inconcevable de continuer à vivre et à diffuser la Culture comme nous le faisons. Il s’agit de transmettre un monde plus viable, plus vivable, à notre jeunesse. C’est pourquoi Artem Effects et la Ville de Saint-Raphaël, représentée lors de cette présentation par Guillaume Decard (Adjoint au maire délégué à la culture et à la jeunesse), ont choisi d’impliquer les adultes de demain, mettant ainsi l’Éducation Artistique et Culturelle (EAC) au cœur du projet. En 2021, cinq ateliers de formation seront proposés, en partenariat avec les établissements scolaires et les conservatoires de la région. Assurés par l’organisme de formation E.M.I.L. et les artistes en résidence, ces ateliers aborderont les techniques de mixage, le DJing, le beatmaking, l’écriture rap…

Le premier module dédié à la musique assistée par ordinateur (MAO), auquel ont participé 4 jeunes raphaëlois, a été animé par Schvédranne, lors de cette première semaine de résidence. Une semaine également marquée par une conférence (à huis clos) au cinéma Le Lido, sur le thème Comment décarboner un festival, animée par Félix Godbille (Music Declares Emergency),en présence de Yoann et Zoé Lamarche (Mobilvolts), Bernard Pourrat (Lu Sound) et Monsieur Mo (JFX). Comme le concert de Schvédranne, celle-ci sera prochainement diffusée sur le web.

Les cinémas étant actuellement fermés, JFX n’a en revanche pu projeter l’un de ses documentaires, World Wide Effects, que la maison lyonnaise produit depuis désormais 7 ans. Lancées en 2013, ces œuvres s’inscrivent dans un projet musical global basé sur la production d’une création entre artistes locaux et français donnant lieu à un album, un film documentaire et une tournée. Trois villes ont déjà été « visitées » : Le Cap, Detroit et la Nouvelle-Orléans ; autant de portraits du monde à dimension sociale, urbaine et musicale.

Au commencement était le verbe…

Rassurez-vous, point de prosélytisme dans nos colonnes ou au cœur du projet d’Artem Effects, si ce n’est celui des mots, de la poésie… Toujours dans un esprit de croisement, Schvédranne, installé du 8 au 12 février à l’Espace Félix Martin, a profité de sa résidence inaugurale pour peaufiner le live de son prochain album autour de textes de Jack Hirschmann, un des derniers piliers vivant de la beat generation avec Kerouac et consorts. Vous pouvez en voir un extrait dans la vidéo ci-dessus. « Je venais de finir la réalisation de mon album lorsque Jarring Effets m’a proposé d’inaugurer le site de résidence d’Artem Effects. Ça a été une semaine dense, qui m’a permis de bosser un spectacle qui correspond à l’album, je pense ».

C’est sa deuxième collaboration avec un poète, après la conception de l’opus Athènes ? en collaboration avec le poète et dramaturge Gilles B. Vachon : traducteur français de l’œuvre du poète et activiste américain, c’est lui-même qui l’a présenté à Antoine Colonna… « Ces collaborations m’ont ouvert le champ des possibles. Faire de la musique au service de la poésie, au service d’une œuvre, est quelque chose de très intéressant. D’autant plus dans le contexte Covid ! Après 20 ans de tournées dans les SMAC, où il faut faire danser les gens, créer un spectacle de musiques actuelles qui envoie, mais qui est fait pour être vu assis, c’était quelque chose de tout nouveau pour moi… Mais j’ai beaucoup apprécié l’expérience ! »

Et maintenant, à qui le tour ?

(photos : © Michel Joner & © Jarring Effects)

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