Donnez-nous notre pain de ce jour

Donnez-nous notre pain de ce jour

Géraldine Giraud est une femme de communication qui, après avoir travaillé dans de grands organes de presse, a décidé de nous faire partager une quête personnelle, celle de ses racines piémontaises au travers de l’histoire de gens du village dont est issue une partie de sa famille, Niella Tanaro dans le Piémont, et en suivant la fabrication du pain dont ses ancêtres avaient le secret. Diffusé sur France 3 Provence-Alpes-Côte d’Aur le 19 avril à 23h30, le film sera disponible en replay pendant 30 jours.

Le pain, que l’on retrouve au centre de la table, au centre de l’échange est aussi un lien avec la terre, il donne un liant naturel et très humain à ce documentaire où tout un chacun peut se reconnaitre. Géraldine Giraud a dépassé l’Histoire, pour nous livrer ce que le retour au pain traditionnel offre à ceux qui, en ce moment, ont décidé de changer de vie dans cet « après » qui nous interpelle tous.

Un retour aux sources

Correspondante pour l’agence de presse audiovisuelle française CAPA à New-York de 1998 à 2001, Géraldine a réalisé pour le compte de chaînes hertziennes françaises de nombreux magazines d’actualité. De retour en France, elle a continué les enquêtes journalistiques en contribuant au lancement de la branche institutionnelle de la société de production Elephant & Cie, Elephant@work, tout en réalisant des films plus personnels autour de l’Italie comme des USA, ses deux territoires de prédilection. Après une incursion dans la presse écrite en tant que rédactrice-en-chef d’un magazine niçois Couleur Nice, aujourd’hui, Géraldine continue sa route d’auteur en développant de nouveaux formats de storytelling autour de la culture, l’histoire et la musique (podcasts, édition, documentaire). En complément, elle donne des cours de storytelling en Master de Communication à Mediaschool, École Supérieure Européenne de Communication. Elle a ainsi « repris sa liberté ». C’est le décès de son grand-père qui l’a poussée à reprendre une enquête laissée de côté 10 ans auparavant.

Géraldine Giraud, réalisatrice du film Au nom du pain © DR

Une saga familiale

Aujourd’hui, la boulangerie familiale vient d’être vendue à Nice, comme la maison du village construite par Vico, son arrière-grand-père boulanger. En témoignant à la première personne, elle assume totalement son rôle pour que cette histoire ne tombe pas dans l’oubli. En fait, c’est la transformation de cette nécessité de raconter l’histoire familiale, qui chemin faisant, va rallumer la flamme des boulangers liés au destin du village de Niella Tanaro. Le besoin de renouer avec le lien viscéral coupé. De réparer la césure avec un travail de mémoire. C’est cet axe initiatique qui l’anime, reliant le passé du village et son présent, à celui plus large, de l’avenir de la filière boulangère.

Une seule et même renaissance

Au décès de son grand-père, le fait de reprendre contact avec les protagonistes de cette histoire a comme ouvert une boîte de Pandore. Son enquête lui a permis de retisser des liens avec les descendants des boulangers, et un véritable engouement s’est mis en marche autour du film, chaque famille montrant un enthousiasme touchant à produire ses archives personnelles. Son film est alors un peu devenu le leur… jusqu’à raviver un village qui se mourrait. Elle espère que ces liens retrouvés permettront, en quelque sorte, à toute une région et même à deux territoires (les Alpes Maritimes et le Piémont) de se réinventer un avenir autour de leurs racines intimement liées au pain !

Géraldine s’est ainsi donné la mission de témoigner de plusieurs renaissances : celle du village de ses aïeux, qui redécouvre son histoire, comme celle de la filière boulangère, en train de se régénérer par le biais du même « amour du pain bien fait ». Pour elle, la mémoire des boulangers pionniers piémontais retrouvée pourrait permettre d’envisager un avenir pour toute la filière, pour retrouver du sens autour de valeurs communes. Les graines semées hier à Niella Tanaro nous lient à des histoires humaines qui résonnent encore plus aujourd’hui auprès d’une relève soucieuse de façonner une alimentation plus saine, respectueuse de l’environnement, autant que de ses acteurs.

Géraldine Giraud a eu cette exigence éthique de faire le lien, dans son documentaire, entre les pratiques de ces migrants d’hier et celles de la jeune garde boulangère citoyenne d’aujourd’hui. Car elle se reconnait indéniablement dans ce miroir, comme s’il s’agissait d’une filiation naturelle.

Le pain, l’aliment le plus universel qui soit © DR

Au nom du Pain

Le documentaire de Géraldine Giraud raconte ainsi l’histoire de son arrière-grand-père parti à pied en 1910, alors qu’il n’a que 13 ans, d’un village du Piémont rural de la région des Langhe, Niella Tanaro, pour fuir la misère et faire le pain aux Niçois. Ayant comme tout savoir-faire celui de « l’arte bianca », le miracle de la farine que l’on mélange avec un peu d’eau et de levain, les enfants qui avaient appris à faire le pain en famille au four communal de Niella Tanaro feront venir leurs cousins dans les fournils azuréens jusqu’à monter peu à peu un empire à dimension familiale. Si bien qu’en 1930, l’âge d’or des boulangers piémontais, ils étaient près de 300 artisans venus de Niella installés entre Monaco, Cagnes/Mer, Nice et Toulon !

Voilà comment Géraldine Giraud fait un bref résumé des thèmes que le film aborde : « En tant que descendante de la quatrième génération de cette lignée « d’as du pétrin », il me tenait à cœur de raconter et rappeler en filigrane nos origines italiennes, à nous azuréens, qui avons tendance à oublier que nous sommes issus de ces « migrants d’hier ». L’histoire ne fait que se répéter et il m’apparait important de redonner les lettres de noblesse à ces travailleurs de l’ombre, dont l’histoire était restée dans les tiroirs. Par un angle inédit, celui du pain du partage, qui est l’aliment le plus universel qui soit ! Un liant, qui rappelle l’histoire commune de deux territoires, le Piémont et la Côte d’Azur, séparés par une frontière, mais qui n’ont fait que changer de drapeau au fil de l’Histoire. Toutefois, mon film n’est pas un film historique. Il raconte la grande Histoire en filigrane de la petite et surtout est ancré dans le présent par le biais de portraits de boulangers de la nouvelle génération qui se reconnaissant dans les valeurs des pionniers piémontais. Comment Luc Debove, mon ami d’enfance, Meilleur Ouvrier de France, descendant comme moi de boulangers de mon village de Niella, est-il devenu le patron de l’École Nationale de Pâtisserie et le chef des arts sucrés du groupe Ducasse aujourd’hui ? Quelles sont les recettes du succès fulgurant d’un compagnon-boulanger de 32 ans, Pierre Briand, qui a ouvert sa « première boulangerie » à la Turbie ? Quelle est la valeur ajoutée de ces reconvertis qui décident de changer de vie pour faire un métier manuel porteur de sens ? Céline Cornutello, ancienne dirigeante d’entreprise de location de voitures à l’aéroport, veut faire du pain au levain naturel à Valberg. Elle vient tout juste de s’installer. Des paysans-boulangers du fournil agricole de Rosso Gentile dans le Piémont nous montrent comment, du grain au pain, en redécouvrant les semences anciennes de leur territoire, ils remettent le bon pain au centre de la table. Portraits de ces acteurs d’une filière qui cherche à réenchanter le pain aujourd’hui en retournant aux fondamentaux de matières premières bonnes pour le corps, mais aussi saines pour la terre qui les fait pousser. Une mini-révolution est en marche des deux côtés de la frontière, qui fait du retour à la boulangerie sincèrement traditionnelle, loin du marketing, une filière d’avenir pour les jeunes de demain, dans ce monde d’après en quête de sens… »

Une production régionale

Le film a été produit par Christophe Camoirano de Girelle Production, société de production locale, basée entre Nice et Orléans. « Un super producteur qui m’a donné les moyens de faire le film dont je rêvais en y mettant les moyens. Comme pour la musique originale du doc composée par l’accordéoniste Vincent Peirani, victoire du Jazz et qui met la main à la pâte ! » Voilà donc un vrai film régional qui se déroule entre les fournils du Piémont et de la Côte d’Azur et qui rappellera que Nice, le Piémont, la Sardaigne et la Savoie furent frères et sœurs avant que Napoléon III ne décide qu’il en soit autrement. Je sais il y a eu un référendum, mais son déroulement est une autre histoire comme dit le petit lion.

Au nom du Pain sera diffusé sur France 3 Provence-Alpes-Côte d’Aur le 19 avril, dans la case documentaire de 23h30. Un preview sera en ligne sur le site de France 3, le jeudi précédant la diffusion, soit à partir du 15 avril. Le replay sera disponible également pendant 30 jours après la diffusion à l’adresse suivante : https://france3-regions.francetvinfo.fr/provence-alpes-cote-d-azur/emissions/france-vrai-2

Tags: