Feuilleton Goldoni : une storia importante

Feuilleton Goldoni : une storia importante

« Levons le rideau ensemble ! 16 spectacles à partager jusqu’au 17 juillet », nous indique le Théâtre National de Nice. Eh oui, ça y est ! Un semblant de vie « normale » reprend avec la réouverture des lieux culturels ce mercredi 19 mai 2021. Le moment choisi par Muriel Mayette-Holtz, directrice du TNN, pour présenter — enfin — sa création autour de la trilogie Les Aventures de Zelinda et Lindoro. Ce Feuilleton Goldoni, quelle histoire !

Mais oui Eros, toutes les histoires sont importantes, lorsqu’il s’agit d’amour ! L’amore à l’italienne imaginé par Carlo Goldoni, à plus forte raison. Mais au fait qui est-il, et pourquoi ses œuvres font-elles nos délices depuis un peu plus de 200 ans ? On le présente souvent comme le Molière italien, titre qui l’aurait fait rougir, car il était grand admirateur et contemporain de notre Poquelin. Le divin Vénitien est tombé dans la marmite du théâtre tout jeune, au grand dam de son père qui voulait en faire un médecin, puis un avocat. Bon, alors clerc de notaire ? Il n’en sera toujours rien, car si Carlo s’attache à scrupuleusement rater toutes ses études, c’est qu’il vit et respire théâtre depuis sa plus petite enfance. Quand on faisait virevolter des marionnettes démentielles sous ses yeux. Cette vie en minuscule, que l’on peut remodeler à volonté, l’ensorcèle. Il se lance à corps perdu dans la vie saltimbanque, prend la route, crée et monte des pièces, écrit quelques livrets pour Vivaldi à l’occasion, et génère quelques belles controverses, lorsqu’il touche à la sacro-sainte Commedia Dell’arte… Ses pas l’amèneront à Paris, sur les traces de Molière, où il officiera en tant que dramaturge, mais aussi maître d’italien à la Cour pour les princesses royales. Nous sommes juste avant la Révolution.

Goldoni, le renouveau du théâtre italien

Pour ce qui est du style, Goldoni est follement moderne, et non seulement parce qu’il secoue la comédie italienne de ses masques et des préceptes d’Aristote. Mais parce qu’il recherche avant tout le réalisme, voire la réalité. Sans avoir peur de flirter avec la banalité, ce qui fit grincer quelques dents à l’époque ; pas de rois ou de princes, ou de personnages fabuleux ou antiques, mais des Monsieur et Madame tout le monde. Et de fait, c’est dans cette sobriété de cadre qu’éclosent l’âme humaine et ses turbulences, dans ce qu’elle a de plus singulier. Il veut un théâtre miroir, où chacun peut se reconnaitre. Il a tout compris, à l’époque, du processus d’identification. Et c’est ainsi qu’il enceint de ses intrigues et de son don de la comédie hors normes ses personnages à priori ordinaires. Au contraire de Molière, lui n’est que légèreté, optimisme. Si le trait est ironique, parfois, avec ses contemporains, il l’est à la manière tendre d’un Labiche du XVIIIe siècle… Sa Villégiature ou sa Locandiera sont une fête pour le spectateur comme pour les comédiens, ravis de porter le jeu solaire du Vénitien.

Un Feuilleton en trois parties

Et la fête sera double, puisque c’est ainsi que Muriel Mayette-Holtz célèbre, en ce mois de mai, la réouverture du TNN. ENFIN ! En l’occurrence, c’est dans Les aventures de Zelinda et Lindoro qu’elle met en scène sa troupe de choc, avec des costumes empruntés à la Comédie-Française. Zelinda (Joséphine de Meaux) et Lindoro (Félicien Juttner), jeunes tourtereaux de Pavie, sont empêchés dans leur amour par certaines circonstances que nous vous laissons découvrir, mais bien plus encore par la tournure orageuse que prend leur idylle, s’enflammant à propos de tout et de rien comme un baril de poudre posé à côté d’une allumette. C’est qu’ils s’aiment tellement, qu’ils en étouffent de jalousie, d’insécurité, de possessivité… Ce qui n’est jamais très bon dans un couple, vous le savez… Qui ne l’a pas fait dans ses jeunes années, avant de s’apercevoir que l’amour véritable est justement le contraire de la possession, mais don et bonheur de l’altérité… N’ayez crainte Zelinda et Lindoro feront ce chemin, aussi chaotique soit-il (car Goldoni a prévu quelques beaux nids-de-poule), tout au long des trois volets de cette trilogie : Les Amours de Zelinda et Lindoro (20 au 25 mai), La Jalousie de Lindoro (21 au 26 mai) et Les Inquiétudes de Zelinda (22 au 27 mai). Un Feuilleton Goldoni généreux et gourmand (près de 5 heures de spectacle), dont l’intégrale sera présentée le 29 mai, qui vous fera passer un après-midi bienfaisant dans les mains de l’auteur, venu spécialement pour vous divertir du fond du siècle des Lumières.

PROGRAMME COMPLET DU TNN
Larsene Magie : 19 au 22 mai
Feuilleton Goldoni (théâtre) : 20 au 29 mai
Petite Leçon de zoologie à l’usage des princesses (théâtre) : 1er au 5 juin
Les Flyings (nouveau cirque) : 1er & 2 juin
Hugo au bistrot (théâtre) : 8 au 16 juin
My Ladies Rock (danse) : 15 & 16 juin
Dissonances Jeanne d’Arc (théâtre) : 22 au 25 juin
Désobéir (théâtre) : 29 & 30 juin
La Mégère apprivoisée (danse) : 1er & 2 juillet
Plus grand que moi (théâtre) : 2 & 3 juillet
Le Petit Chaperon rouge (théâtre) : 6 & 7 juillet
Électre des bas-fonds (théâtre) : 8 au 10 juillet
C’était un samedi [Μέρα Σάββατο] (théâtre musical) : 13 & 14 juillet
Une Antigone de papier [Tentative de défroissage du mythe] (théâtre): 14 au 17 juillet
Au Fil d’Œdipe [Tentative de démêlage du mythe] (théâtre) : 14 au 17 juillet
aaAhh BiBi (clown) : 15 au 17 juillet

(photos : répétitions Feuilleton Goldoni au TNN © Cyril Giroux)

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