28 Juin Ça bouge au Théâtre National de Nice !
Muriel Mayette-Holtz nous a parlé de la saison qu’elle a conçu pour la saison 2023-2024 du Théâtre National de Nice (TNN) et de son idée du spectacle vivant. Cette « résistante » éclaire la scène niçoise d’une positivité rare et nous renvoie une énergie qui fait du bien.
Il est clair que la direction du TNN n’est pas une sinécure pour Muriel Mayette-Holtz (MMH). L’éclatement du CDN en plusieurs salles et l’attente de la construction d’une salle qui permette d’accueillir de grandes productions auraient pu être un écueil assez important dans sa mission de scène nationale. Eh bien, non ! Muriel est résolument positive: « cette nouvelle page du TNN nous permet mille aventures : de nous réinventer, de nous multiplier et surtout de ne pas s’endormir. Nous sommes désormais plus épars, plus disponibles à un large public, plus présents, plus proches de chacun, plus ouverts. C’est merveilleux de rester en mouvement, de se sentir jeune, en évolution. » Elle a même « trouvé » un lieu qui n’accueillait plus d’événements à Nice, les Arènes de Cimiez, qui lui ont inspiré la création d’un Festival de tragédies pour l’été 2024, le seul en France dans un décor naturel et historique magistral.
Pour elle, le théâtre doit en effet rester ce lieu de partage et de découverte. « Voilà ce que nous offrent les artistes que nous invitons, voilà ce que le théâtre nous permet de ressentir : un monde qui n’existe pas, plus vrai que le vrai« . C’est aussi pour cette raison que la saison 2023-2024 sera toujours guidée par sa volonté de respecter une diversité des disciplines proposées.
Les grands textes du répertoire
La directrice du TNN tente, depuis son arrivée, d’installer un projet autour des grands textes de l’Europe de la Méditerranée (France, Italie, Grèce, Espagne et Portugal…) et de ses grands auteurs, pour que ceux-ci soient les « stars », bien avant les comédiens, qui ne sont pas forcément connus du grand public mais sont de merveilleux artisans. C’est ainsi que nous pourrons revoir Bérénice de Racine, que MMH met en scène, tout comme Les Fourberies de Scapin de Molière, et bien sûr des textes de Marivaux, dont elle est une grande amatrice, avec La Dispute, mis en scène par Agnès Régolo, et La Fausse Suivante. Le TNN donnera La Journée Particulière inspirée par le film éponyme de l’italien Ettore Scola. Avec la montée de l’extrême droite ce choix est plus que pertinent. Côté hispanique, ce sera La Maison de Bernarda de cet auteur monumental qu’est Federico García Lorca.
Les spectacles tous publics
L’acrobatie et l’humour, réunis dans des spectacles visuels qui portent une signature originale, seront au programme. Comme Make Up, spectacle de Mathilda May, qui invite le public à observer des humains cohabiter lors d’une journée de tournage de film, le tout vu depuis le car-loge maquillage ! Dans la farine invisible de l’air, création de la compagnie québécoise Machine de cirque, raconte pour sa part l’histoire de naufragés sur une île qui cherchent à rejoindre le monde. On croisera Raphaëlle Boitel, acrobate et danseuse-chorégraphe qui s’oriente de plus en plus vers la fiction, déjà programmée au TNN l’année dernière, et qui revient avec Un contre Un.
Les incontournables
L’éternel couple Christian Hecq et Valérie Lesort présentera son adaptation de 20 000 lieues sous les mers de Jules Verne, après celles de La mouche de Cronenberg et Le voyage de Gulliver de Swift. La force qui ravage tout, comédie musicale de David Lescot, que le TNN suit, car la fidélité envers les artistes est un des crédo de sa directrice: « De plus il y a très peu de comédies musicales françaises et là, c’est sur une histoire d’amour! » Il y aura Millette Varloc, la « star d’Avignon » l’année dernière. « Elle fait bouger les tables, sortir des kilomètres de tuyaux d’un tout petit carton, c’est indescriptible. C’est une folie scénographique. »
Les monologues
Deux monologues plus directement politiques, dans le sens poétique du terme, ont retenu notre attention comme Il n’y a pas de Ajar, texte plein d’humour de Delphine Horvilleur, ou le texte qui sera lu par Ariane Ascaride, Gisèle Halimi, une farouche liberté.
La création d’ici
Le TNN joue aussi le jeu de la région avec le Festival Trajectoires, initié par le Forum Prévert de Carros, qui programme la comédienne Bénédicte Allard, de la troupe du TNN, seule en scène dans Frida Kahlo, ma réalité, mais aussi le triptyque d’Eva Rami, merveilleuse actrice niçoise, Stéphen Di Tordo avec Célestez-moi.
Les contes
La saison se terminera avec deux contes : Le Petit Chaperon Rouge et Les Ogres autour du Petit Poucet, « spectacle étonnant et très visuel ». Muriel Mayette-Holtz a une vision personnelle du genre : « Je considère toujours que les contes ne sont pas seulement réservés aux enfants, car ce sont des histoires qui s’échangent oralement« .
Les festivals
Au-delà de ce programme, Muriel tient particulièrement à deux festivals, « celui de la magie dont la 2e édition aura lieu au printemps. Et je suis extrêmement heureuse parce que les professionnels du genre commencent à nous appeler pour en être, ce qui prouve que ça compte. Étant petite-fille de magicien, je trouve que ça fait absolument partie du spectacle vivant. » Et de conclure qu’elle va aussi lancer un Festival de tragédie dans les arènes de Cimiez pour l’été prochain. « Ce sera un peu un « rendez-vous des larmes », avec de grands sujets qui nous angoissent, et qui ont traversé les siècles, car malheureusement ce sont toujours les mêmes… Il n’y a pas de festival de ce genre en Franc ; il y en a un à Syracuse, il y en a un à Epilor en Grèce. Il faut que Nice puisse l’abriter, surtout avec les arènes de Cimiez qui sont géniales pour le théâtre en plein air !«
Dès le 3 oct, Théâtre des Franciscains & La Cuisine, Nice. Rens: tnn.fr
photo: Make Up de Mathilda May © DR