À Vallauris : une autre façon de voir la cité

À Vallauris : une autre façon de voir la cité

Vallauris est un cas d’école en sociologie, une cité multiple : une vieille ville au patrimoine artistique mondialement connu pour sa céramique et les grands noms qui y ont œuvré, une ville nouvelle avec son port de Golfe Juan, et un quartier populaire… Il fallait donc une personne qui parvienne à donner une cohésion à ce territoire : Yacine Halima-Rihoum. Nouveau co-directeur des Affaires culturelles, issu d’une double culture, il est un pur produit du terroir qui connaît parfaitement les problématiques culturelles de sa ville. Nous l’avons rencontré. 

Yacine Halima-Rihoum est né à Antibes et a grandi à Vallauris dans une famille de 8 enfants. C’est à l’âge de 13-14 ans que naît en lui une passion pour la danse hip hop car ce langage universel lui permet d’exprimer ses émotions, avec le corps. « J’aimais beaucoup danser, c’était quelque chose qui me procurait beaucoup d’émotion. Dans les années 90, on était une bande de minots de Vallauris qui avait envie de montrer qu’on pouvait faire quelque chose de bien« . Mais son groupe s’éteindra progressivement, faute de moyens, d’encadrement et d’accompagnement. Il y avait alors très peu de dispositifs d’aide à la création artistique. Il faut dire aussi que son père n’appréciait pas trop que son fils pratique la danse… Ce qui fait reprendre par Yacine les mots du chorégraphe Hervé Koubi : « Un regard tendre et nostalgique sur une enfance empreinte d’une société où la voie prédestinée n’est pas toujours celle désirée. » 

Après un passage au lycée professionnel des Coteaux à Cannes, Yacine s’oriente vers les métiers de l’éducation populaire tout naturellement : « Une envie d’aller à la rencontre de l’autre, ça ne se s’explique pas« . D’abord dans le milieu associatif en tant médiateur socioculturel avec l’association CAALJ, où sa mission était de mettre en place des projets d’animation socioculturels, de citoyenneté, d’opération de chantier pour les jeunes en difficulté, puis avec l’unité prévention de Vallauris pour encadrer les festivités culturelles sur le territoire de manière occasionnelle. Plus tard, il intègre la commune de Vallauris en tant qu’animateur au service jeunesse. Des années très enrichissantes, une « école de la vie« . Par la suite, on lui confie la gestion des accueils de loisirs. À cette époque, déjà, les projets qu’il met en place sont axés en grande partie sur les arts qui pouvaient alors permettre aux enfants de se construire, de développer leurs sens et leur regard sur le monde, pour laisser libre cours à leur imaginaire pendant les temps péri et extrascolaires.

En 2014, son goût pour les arts lui permet d’intégrer la Direction des affaires culturelles en tant que chargé de projets culturels et de production. Les projets artistiques se multiplient à destination de tous les publics, en ciblant les scolaires, les associations qui œuvrent dans le domaine social, sportif, du handicap en passant par les seniors. C’est ce même goût pour les arts qui le mène aujourd’hui à la co-Direction des Affaires Culturelles de Vallauris, avec son regard particulier sur le développement de la personne à travers la transmission, mais aussi autour de projets, notamment sur la culture urbaine, ainsi que lien affectif qu’il entretient avec le patrimoine culturel de sa ville : les maîtres potiers, Picasso, Marais, Cocteau, Villers…

Yacine nourrit aussi un amour particulier pour le spectacle vivant : « J’ai toujours pensé avec conviction que le spectacle vivant et la création artistique étaient source de vie, d’émotions et permettaient de les partager. Notre questionnement sur le monde, sur le vivre ensemble à travers l’actualité (images de guerres, de personnes en situation de précarité, d’écologie…) : tous ces faits sociétaux m’interpellent. En tant que programmateur, j’essaie de rendre meilleurs ces petits moments d’union en offrant aux spectateurs la découverte de multiples univers artistiques. La création d’une programmation jeune public depuis deux ans a été aussi le point d’orgue sur le développement de mon territoire. » En effet, accueillir des familles est important pour lui, afin de leur offrir un moment de partage en famille, mais aussi pour leur faire découvrir, pour la première fois, une salle de spectacle.

C’est pour cette raison qu’il continue de programmer au Minotaure des spectacles de qualité et de proposer une offre culturelle avec une politique tarifaire attractive, construisant ainsi un socle de public diversifié, sans chercher la polémique, juste pour créer une habitude, afin d’imposer Le Minotaure dans le paysage azuréen. Bien entendu les activités de Yacine ne se restreignent pas seulement au Minotaure, il est à l’origine du festival Expressions Urbaines où l’on retrouve la danse sous différentes formes (contemporaine avec Hervé Koubi, Marie-Pierre Genovese, Cie Bakhus, Cie Chrysalide… et sous forme de battles de break dance ou de capoeira), des sports extrêmes (BMX, Rollers, Trotinettes…), des ateliers d’écriture Slam, (Kilian Alaari, Yass Sogo, Michel Mondragon…), ou encore des expositions de Street Art (Cib Stencil, Sand’Art Custom…). Le tout chaque année en lien avec 900 élèves des écoles élémentaires et du collège, grâce à des masterclass. 

Notez que l’un de ses artistes favoris affiche complet en avril : Hervé Koubi et ses danseurs présenteront le spectacle Sol Invictus. Puis en mai, c’est la Cie B.A.L [Arts Légers], menée par Thierry Vincent, qui investira le Minotaure avec leur création jeune public La belle et la bête.

Yacine Halima-Rihoum est un directeur des affaires culturelles adepte de la culture populaire au sens de Malraux : la qualité au plus grand nombre. D’ailleurs, pour lui, l’éducation artistique et culturelle impulsée par la municipalité depuis 2 ans vient renforcer tout ce travail autour de la transmission.

Rens: FB LeMinotaure06