Vaincre l’oubli

Vaincre l’oubli

Entendez-vous vrombir le bruit originaire? L’exposition de Charlotte Pringuey Cessac Battre l’oubli – Bruit originaire (Acte IV) ouvre ses portes à la Galerie Eva Vautier.

Certains se souviendront peut-être des volets II et III que Charlotte Pringuey Cessac a présentés au MAMAC et au Musée Terra Amata, à Nice en 2020. Plus besoin de vous présenter cette artiste talentueuse, diplômée de la Villa Arson qui s’est depuis installée en Belgique. Né de fouilles archéologiques sur le site du Château de Nice en 2013, le projet Bruit originaire lie les traces d’un passé retrouvé, les pensées et les sensations alors éprouvées, et l’expérience physique et sensuelle du visiteur. C’est avec une volonté farouche de combattre l’oubli en transformant les signes que la ligne continue de tracer au sein de l’atelier de l’artiste, où elle se replie après une déception amoureuse. L’atelier est la grotte refuge de la naissance de l’art, un mur d’escalade nous en fait littéralement sortir pour trouver un espace d’exposition plus classique. Un lien constant s’instaure entre vison, geste, toucher, sensation et souvenir primaire.

D’ocre et de charbon, rythmée de stalactites faites de grands drapés de porcelaine ou de grès, l’entrée est inspirée de la grotte de Jeita au Liban ; c’est là que l’artiste se répare et se bat. Lieu à la fois effrayant par son obscurité et fascinant de beauté, illustré de sons chamaniques, d’actes de dessin et d’écriture, les introspections mènent aux mea culpa et aux mouchoirs pour sécher les larmes. D’abord en tissus, puis en papier, ces mouchoirs sont transformés, inscrits et ornés d’injonctions. Ces objets recueillant nos peines incitent à trouver force et puissance. Les fouilles révèleront plus tard des Vénus, drapées elles-aussi, et des minéraux précieux, appelant à la vénération. D’aspect délicat, ces pièces sont toutes plus dures et fortes qu’elles ne paraissent. Le soir du vernissage, le samedi 27 avril, l’artiste fera une performance en gravissant le mur d’escalade fait, entre-autre, de moulures de parties de corps humains, sortant ainsi de l’introspection pour pouvoir passer à l’action dans le prochain volet.

Travaillant également sur la mémoire et les objets, l’artiste Grecque Foteini Chalkia est invitée à présenter son travail sur ses « fantômes ». Diplômée en 2023 de la LUCA School of Arts de Bruxelles, elle présentera un travail réalisé à la School of Visual Arts à New York à l’automne dernier. Venez écouter ce bruit sourd du passé nous ramenant constamment au présent…

Jusqu’au 15 juin, Galerie Eva Vautier, Nice. Rens: eva-vautier.com

photo: Charlotte Pringuey Cessac © Simone Simon