Jazz à Juan, machine à rêver la musique

Jazz à Juan, machine à rêver la musique

L’un des plus anciens, des plus illustres, des plus « historiques » festivals de jazz français remet chaque année sa réputation en jeu et se doit de proposer un programme avec des noms prestigieux et établis, entourés de quelques jeunes pousses improbables, peu connues en Europe et dont la musique ouvre de nouvelles brèches. Pari réussi pour cette 63e édition qui se déroulera du 8 au 18 juillet, au cœur de la toujours classieuse Pinède Gould.

Mais on le sait, cette manifestation est née à une époque où (presque) tout le jazz s’exportait des États-Unis : elle en a gardé un fort tropisme américain qui nous permet d’entendre les grands noms d’aujourd’hui. Avec même parfois des All stars qui font rêver. Le quartet de Chris Potter par exemple qui fait connaitre sa musique d’aigle : Eagle’s point, c’est le nom du dernier album du saxophoniste. Des thèmes portés d’abord par le son puissant d’un saxophone ténor qui trace sa route avec majesté : l’oeil est perçant, l’envergure est large. Autour de l’initiateur de ce projet qui n’a pas encore tourné en Europe, Brad Meldhau, l’un des plus grands pianistes de jazz en activité, l’un des plus lyriques aussi ; sans oublier John Patitucci à la contrebasse et Jonathan Blake à la batterie… un Gotha ! On pourrait craindre que chacun fasse assaut de virtuosité, veuille surpasser l’autre et se faire admirer, et on est merveilleusement surpris du contraire. Un autre remarquable saxophoniste, Joshua Redman, est porté par une rythmique magnifique – Aaron Parks au piano, Brian Blade à la batterie ! – et entraine dans son sillage des solistes très singuliers, les guitaristes Peter Bernstein et Kurt Rozenwinkel

Guitare toujours, mais basse, avec le groupe de Marcus Miller, qui résume toute l’histoire du funk dès sa première phrase ! Cet exemple suffirait à montrer que Jazz à Juan n’est pas puriste, les cousins y sont bienvenus, à commencer par la famille proche : les musiques latines, notamment afro-cubaines y sont bien représentées, par exemple par El Comité, une jeune génération bouillonnante qui renouvelle la tradition cubaine. Le même soir, on entendra Avishaï Cohen, célèbre bassiste (et chanteur) qui se lie au percussionniste (et chanteur également) Abraham Rodriguez. Quant au projet Iroko, lui aussi se souvient des traditions Yoruba et du rythme contrasté des claves. L’Afrique, mère de tous les jazz est également en embuscade avec d’illustres chanteurs : Tiken Jah Fakoly l’ivoirien et Youssou N’Dour le sénégalais, deux réveilleurs de conscience.

Quant au jazz d’Europe, il continue d’inventer ses formes et ses scénarios. Erik Truffaz avec sa trompette ronde et ouatée poursuit sa quête cinématographique et fait défiler sous nos oreilles des images, des dialogues, des décors inédits. Et les frères Belmondo, Lionel au saxophone et Stéphane à la trompette ressuscitent leurs souvenirs d’un groupe mythique, Grateful Dead, avec leur projet de reprises à la sauce jazz, Deadjazz. Ce ne sont pas les premiers à se pencher ainsi sur leur passé adolescent (Nguyen Lê ou Yves Rousseau pour ne citer qu’eux l’ont déjà fait) mais cela montre bien combien l’adhésion au jazz est différente selon que l’on soit né en Europe, en Amérique, ou en Orient…

Encore une belle perspective de rêve que nous apporte Jazz à Juan ! Et encore, nous n’avons pas cité tous les artistes qui fouleront la chaleureuse scène de la Pinède cette année, ni évoqué les nombreux d’évènements musicaux gratuits qui feront vibrer Antibes-Juan-les-Pins tout l’été, comme les Marching Bands qui sillonneront les rues et les concerts de la Jammin’Summer Session, qui reste plus que jamais une plateforme de rencontres et de liberté créative, avec des artistes comme Arnaud Dolmen & Leonardo Montana, Daoud, Aleph Quintet et bien d’autres…

Jazz à Juan, 8 au 18 juil, La Pinède Gould • Jammin’Summer Session, 8 juil au 2 aou, Petite Pinède, Kiosque place Nationale, Médiathèque Albert Camus • Marching Bands, lieux divers, Antibes-Juan-Les-Pins. Rens: jazzajuan.com

photo : Édition 2022 – Rhoda Scott © Rivierakris – OTC_Antibes

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