26 Fév De la misère à la banque
Andy Warhol est à l’affiche de La Banque, musée des Cultures et du Paysage de Hyères. Jusqu’au 8 juin prochain, une belle variété d’œuvres nous offre à voir toutes les dimensions de sa production qui ne se résume pas – loin s’en faut ! – à ses portraits de Marilyne Monroe et à ses boîtes Campbell…
Né à Pittsburgh (USA) en 1928, dans une famille très pauvre (les Warhola) originaire de l’actuelle Slovaquie, Andrew Warhola (qui deviendra donc Andy Warhol) a vécu sa jeunesse avec ses parents et ses deux frères dans un quartier ouvrier de cette ville de Pennsylvanie, son père Andrej travaillant dans les mines de charbon. Une situation qui n’empêcha pas le patriarche d’économiser un peu d’argent avant de mourir en 1942, afin qu’Andy puisse faire des études et mettre toutes les chances de son côté. Et sa mère Julia, artiste polyvalente elle-même, de l’encourager à créer et à laisser courir son imaginaire : dessins, découpages, collages…
On connaît la suite dans les grandes largeurs : une vie extrêmement fournie et variée, avec son lot de réussites dans la publicité, le cinéma, la musique (il sera manager du groupe de rock The Velvet Underground, dont il réalisera notamment l’iconique pochette de leur 1er album)… et évidemment le Pop Art ! Andy Warhol en est souvent considéré comme sa figure de proue à la fin des années 1950, alors que ce courant – pictural, social et politique, pourrions-nous dire – avait émergé quelques années auparavant en Grande-Bretagne. Volontiers provocateur, ce mouvement a pour objectif de désacraliser l’œuvre d’art en la rendant accessible à tous, d’où son immense succès. Abréviation de Popular Art, ce terme a été utilisé pour la première fois par les membres de l’Independent Group, travaillant sur l’impact des médias de masse et de la technologie dans la société, au sein de l’Institute of Contemporary Arts (ICA) à Londres.
De la « misère » à « La Banque » donc… Puisque cette surprenante exposition se tient dans ce musée des Cultures et du Paysage à Hyères, ainsi dénommé car situé dans l’ancien et superbe bâtiment local de la Banque de France. Cela pourrait prêter à sourire, car Andy Warhol avait plutôt pour habitude de déposer dans ce type d’établissements les dollars amassés au cours d’une vie marquée par le succès. Aujourd’hui, il y expose 71 de ses œuvres, déclinées en 171 pièces. Des pièces quasi toutes prêtées par le Musée Andy Warhol de Medzilaborce en Slovaquie, créé par son frère John dans le pays d’origine de la famille, et quelques-unes par la Fondation Carmignac, située non loin de là, sur l’île de Porquerolles. La promenade dans les différentes salles de cette exposition consacrée Warhol nous emporte dans toutes les dimensions de sa créativité : son pop art, bien sûr, sous toutes ses formes, et avec certaines œuvres iconiques, dont celles que nous évoquions en introduction, mais aussi ses photographies (y compris de lui-même), ou encore son étonnant film Empire sur l’Empire State Building… Cette promenade se veut aussi « active », puisque la mairie d’Hyères et le musée ont eu la bonne idée de faire réaliser des ballons d’aluminium gonflés à l’hélium que les visiteurs peuvent faire voler d’un simple coup de pouce dans une des salles : on est là, dans la référence aux Silver Clouds conçus par l’artiste, en 1966.
Nous ne pouvons qu’encourager le lecteur à aller voir cette exposition, et à se poser des questions sur lui-même : est-il « la bonne personne au mauvais endroit » ou « la mauvaise personne au bon endroit » ? Pour reprendre une expression de Warhol exposée sur un des murs de La Banque, où il avoue être les deux à la fois.
Jusqu’au 8 juin, La Banque, musée des Cultures et du Paysage, Hyères. Rens: FB MuseeHyeres
photo : Marilyn, 1967, sérigraphie sur papier – 91,4 x 91,4 cm – The Andy Warhol Museum of Modern Art in Medzilaborce, Slovak Republic ©The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, New York, 2025